Bernard Cazeneuve : "Il faut contrôler les frontières de l’UE" (Luxembourg, 8 octobre 2015)

M. Cazeneuve a participé le 8 octobre à Luxembourg à une réunion du Conseil de l’UE Justice/Affaires intérieures, dédiée notamment au renforcement du contrôle des frontières extérieures de l’UE.

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Déclaration du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à son arrivée au Conseil de l’UE (vidéo)

Déclaration du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, après le Conseil Justice/Affaires Intérieures (texte et vidéo)

Comment votre idée de création d’un corps de gardes-frontières européen, idée qui est aussi vieille qu’Hérode, pourrait-elle avancer plus vite ?

Bernard Cazeneuve : "Nous sommes confrontés à une crise migratoire dont chacun perçoit le caractère inédit et exceptionnel avec plus de 500 000 migrants qui ont franchi les frontières de l’UE depuis le début de l’année 2015. Il n’y a pas de possibilité d’assurer la soutenabilité de ce que nous faisons en matière d’accueil des réfugiés s’il n’y a pas de politique de maîtrise du flux. Il faut clairement le dire, comme il faut dire aussi que l’Europe ne pourra pas, compte tenu du nombre de réfugiés, les accueillir tous, notamment si l’Europe veut accueillir bien ceux qui sont déjà sur son territoire.

Donc que faut-il faire ? Il faut contrôler impérativement les frontières de l’UE, en Italie et en Grèce notamment. Pour cela, il faut que nous donnions les moyens à l’UE de se doter des instruments de ce contrôle. Aujourd’hui nous avons Frontex. J’avais demandé moi-même il y a de cela plus d’un an qu’on substitue à l’Opération Mare Nostrum une opération conduite par Frontex qui permettait à la fois de contrôler les frontières extérieures de l’UE et de sauver des vies.

Aujourd’hui il faut que Frontex monte en puissance. Comment ?

J’ai proposé un plan en 2 étapes : d’abord que les Etats puissent indiquer très clairement dans les semaines qui viennent le nombre d’effectifs et de moyens qu’ils sont prêts à allouer à Frontex, pour permettre à Frontex, à la demande des Etats, lorsqu’il y a une pression migratoire particulière, de pouvoir venir en complément des moyens mobilisés pour assurer la gestion des flux migratoires et la gestion des frontières.

Dans un second temps, il pourrait y avoir un corps de gardes-frontière européen qui pourrait intervenir à l’initiative de la Commission européenne, en liaison avec les Etats, lorsqu’il y a des flux migratoires qui supposent que l’on renforce encore les contrôles aux frontières extérieures de l’UE.

Voilà le premier point sur lequel nous avons insisté lors de ce Conseil JAI. Le deuxième point sur lequel nous avons insisté, c’est qu’il faut négocier les conventions de retour avec les pays de provenance.

Ces conventions doivent être négociées depuis de nombreux mois. Des mandats ont été donnés pour que cette négociation intervienne. Cette négociation doit aboutir rapidement. Maintenant il y a donc une activité diplomatique intense à initier pour que nous puissions atteindre le but.

Pourquoi ? S’il n’y a pas de contrôles et de conventions de retour il n’y a pas non plus de soutenabilité de ce que nous faisons en matière d’accueil des réfugiés. Et surtout, il n’y a pas de possibilité de rendre efficaces et opérationnels les hotspots, qui sont des centres d’accueil des réfugiés et de gestion des frontières extérieures de l’UE qui permettent de distinguer les réfugiés des migrants économiques. Et si les migrants économiques ne sont pas éloignés, les hotspots seront rapidement embolisés.

Il y a donc vraiment un plan précis sur lequel la France insiste beaucoup. Assurons la gestion des contrôles des frontières extérieures de l’UE, négocions les conventions de retour, et mettons en place de véritables hotspots qui fonctionnent".

Ca n’avance pas sur les hotspots. C’est ce que vient de déclarer le Chancelier autrichien Faymann, qui était en Grèce. Pour quelle raison est ce que ça ne va pas plus vite ?

Il faut que la Commission européenne prenne la maitrise d’ouvrage de la mise en œuvre de ces hotspots en liaison avec les Etats. C’est extraordinairement lourd pour les Etats d’assurer seuls la maitrise d’ouvrage des hotspots. Le Ministre Asselborn et le Commissaire Avramopoulos vont se rendre en Italie et en Grèce dans les heures qui viennent pour accomplir une première mission d’inspection.

Les Etats doivent par ailleurs donner des moyens à la Commission. La France a dit sa disponibilité. Nous sommes prêts à déléguer des moyens de l’OFFI et de l’OFPRA en Grèce, en Italie, aux côtés de la Commission pour que les hotspots se mettent en place le plus rapidement possible.

Combien de personnes ?

Nous sommes en relation avec la Commission pour qu’elle nous dise ce dont elle a besoin. D’ores et déjà j’ai engagé une organisation de mes services pour qu’ils puissent déléguer des moyens à la Commission européenne dans ces hotspots en Italie et en Grèce. Je donnerai ces moyens lorsque la Commission aura exprimé son besoin. Dans tous les cas, nous sommes en situation de pouvoir déléguer plusieurs dizaines d’agents dans ces hotspots pour en assurer le fonctionnement optimal.

(…)

Sur la liste commune des pays sûrs vous avez un consensus ? Que fait-on de la Turquie ?

Cela progresse. Je pense qu’il faut continuer les discussions avec la Turquie. On ne va pas les conclure au moment où la Commission et le Conseil les entament. Et comme vous le savez, lorsque les sujets sont délicats et que les négociations doivent aboutir, il faut se garder de faire des déclarations hasardeuses qui compliqueraient ces négociations.

Mais il y a une volonté de faire aboutir cette liste des pays d’origine sûre. Il y a une volonté de faire en sorte que cette liste européenne reste compatible avec les listes nationales pour que les pays puissent garder aussi une possibilité d’agir, en fonction des spécificités de leur situation. Je pense que sur ces principes les choses avancent, et qu’elles avancent rapidement. Je suis assez confiant sur le fait qu’on puisse trouver une solution sans tarder.

Merci à tous./.

Conclusions du Conseil sur l’avenir de la politique en matière de retour

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Conclusions du Conseil sur l’application renforcée des moyens mis en œuvre pour lutter contre le trafic d’armes à feu

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Dernière modification : 23/02/2016

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