Turquie - "J’appelle à l’arrêt de la fuite en avant"

Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Paris, 12 mars 2017)

Réunion à Metz à l’initiative de l’Union des Démocrates turcs d’Europe Lorraine

"Une association a pris l’initiative d’organiser à Metz une réunion dans un espace fermé. Cette réunion relevait du régime de la liberté de réunion.

La France est un Etat de droit qui tient compte des circonstances. En l’occurrence, en l’absence de menace avérée à l’ordre public, il n’y avait pas de raison d’interdire cette réunion qui, au demeurant, ne présentait aucune possibilité d’ingérence dans la vie politique française.

Face à la tension existant actuellement entre la Turquie et plusieurs Etats membres de l’Union européenne, la France appelle à l’apaisement. Elle invite également les autorités turques à éviter les excès et les provocations. Elle rappelle son attachement aux principes démocratiques.

Dans ces circonstances, il est indispensable de faire preuve de responsabilité et d’éviter les polémiques inutiles"./.

Propos de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, à la radio nationale suédoise « Sveriges Radio » (Stockholm, 13 mars 2017)

JEAN-MARS AYRAULT : "Nous ne pouvons pas continuer à avoir une relation d’une telle violence, de tels propos entre des pays membres de l’Union européenne et la Turquie. Il y a une campagne électorale actuellement en Turquie pour un référendum. C’est une campagne qui a une intensité très forte et les partisans du président Erdogan veulent venir faire des réunions publiques dans les pays européens où habitent, vivent les ressortissants turcs qui ont le droit de participer aux élections. Donc c’est comme cela que ce problème s’est produit. Je pense qu’il faut sortir de la relation agressive dans laquelle cette situation a mis la relation entre la Turquie et l’Union européenne. On ne peut pas accepter cette escalade verbale et cette agressivité. Ce n’est pas acceptable d’attaquer l’Allemagne en évoquant le nazisme ou les Pays-Bas en évoquant le fascisme. J’appelle à l’apaisement.

En même temps, la France a été confrontée comme la Suède, où je suis, à Stockholm, à une demande d’organisation de réunions publiques, de réunions de campagne. C’était le cas notamment à Metz. La France est attachée à l’État de droit, à la liberté d’expression, à la liberté de réunion. Donc c’est le premier principe et j’ai discuté avec ma collègue suédoise qui pense exactement la même chose. Lorsqu’une demande de réunion est faite, il faut examiner s’il y a des risques de trouble à l’ordre public. S’agissant de la réunion de Metz, c’est ce qui a été examiné. Il s’est avéré qu’il n’y avait pas de menace à l’ordre public, c’est la raison pour laquelle cette réunion a été acceptée. Ça, c’est le principe. Ensuite je demande aux participants turcs à ces réunions de tout faire pour respecter les principes. D’abord pas d’ingérence dans la politique intérieure - en ce qui concerne la France ce principe a été respecté - mais par ailleurs pas d’attaque et pas d’agressivité verbale contre des pays européens. C’est une nécessité. Et donc il est grand temps que chacun reprenne son sang-froid et revienne à l’essentiel.

S’agissant de la Turquie, évidemment nous sommes très attentifs à tout ce qui se passe en Turquie, qui est un pays membre du Conseil de l’Europe. Et être membre du Conseil de l’Europe, c’est respecter tous les principes de droit auxquels on adhère. Lorsque l’on est membre du Conseil de l’Europe, on est membre aussi de la Convention européenne des droits de l’Homme. Tout cela doit être rappelé et la France le rappelle. Quand j’appelle à l’apaisement, je n’appelle pas à l’abandon des principes et des valeurs. Et je constate que ce message est entendu, que nos amis néerlandais ont pu apprécier les déclarations que j’ai pu faire dimanche, et j’ai noté aussi que Mme Federica Mogherini et le commissaire aux coopérations régionales et aux coopérations avec les pays voisins, Johannes Hahn ont dit exactement la même chose aujourd’hui à Bruxelles. Donc chaque pays membres de l’Union européenne est maître de son droit interne en matière d’organisation et d’autorisation de réunions publiques, mais par ailleurs l’Union européenne partage des valeurs et les pays membres de l’Union européenne partagent des valeurs et ils entendent que ces valeurs soient respectées.

Mais du côté turc, ce n’est pas vraiment entendu...

JEAN-MARS AYRAULT : J’appelle à l’arrêt de la fuite en avant. Quand je parle d’apaisement, je veux dire que chacun doit y prendre sa part, et en tout cas en ce qui concerne les pays membres de l’Union européenne, nous sommes très attachés au principe de droit, au respect du droit et aussi aux valeurs. Nous n’accepterons pas de rentrer dans une escalade. Donc ce message, il s’adresse à tous, mais s’agissant des autorités turques, évidemment j’espère que ce message sera entendu.

(...)

Est-ce qu’il n’y a pas une erreur des Néerlandais au départ ...

JEAN-MARS AYRAULT : Je ne veux pas porter d’appréciation sur une situation qui maintenant relève du passé. Il faut construire l’avenir. En tout cas la France veut contribuer à l’avenir, et cet avenir c’est un avenir de dialogue, un avenir de respect du droit, de respect des valeurs et de respect des uns et des autres. Et quand on rentre dans une logique d’agression verbale, c’est toujours un risque. Donc je pense qu’il est temps de revenir aux principes" (...)./.

Conférence de presse conjointe de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de son homologue Mme Margot Wallström - Propos de M. Ayrault (Stockholm, 13 mars 2017)

(...)

Question sur la Turquie/ réactions aux propos du ministre et du président turc/ que va faire l’Europe concrètement

JEAN-MARS AYRAULT : "Oui, nous avons parlé de cette question ensemble, parce que nous sommes confrontés à la même situation : des associations turques, des résidents turcs dans chacun de nos pays, qui souhaitent organiser des réunions à l’occasion de la campagne pour le référendum constitutionnel qui a lieu en Turquie dans quelques jours. C’est une question qui doit être abordée sur la base du droit et des principes.

En ce qui concerne la France, nous avons rappelé que les membres de l’Union européenne sont des États qui respectent la liberté de se réunir. C’est la raison pour laquelle lorsque nous avons fait l’objet de demandes de réunions, nous les avons examinées sous cet angle . Et notamment pour savoir s’il existe des menaces à l’ordre public ; et le cas échéant, interdire les réunions. Dans le cas de la réunion qui s’est tenue à Metz, après une enquête approfondie du préfet, représentant de l’État dans cette région, aucune menace avérée à l’ordre public n’a été constatée.

En ce qui concerne les autres pays européens, Margot répondra pour la Suède, mais c’est sur ces bases que des décisions d’interdiction ont été prises. Naturellement, la France est aussi solidaire de ses partenaires européens. C’est pourquoi hier, j’ai appelé à l’apaisement. Et j’ai demandé aussi aux autorités turques de s’abstenir de toute déclaration qui pourrait être interprétée comme une vraie provocation. Il est vrai que quand on emploie les mots « nazisme » ou « fascisme », cela ne peut qu’être ressenti douloureusement par les pays qui sont visés. Ce n’est pas une bonne méthode, ce n’est pas acceptable. C’est un message que j’adresse également aux autorités turques.

De même, la France est attentive à ce que l’État de droit soit respecté partout, y compris en Turquie. J’ai eu l’occasion lors de ma visite à Ankara, en présence de mon homologue turc, à l’occasion d’une conférence de presse, d’être très clair sur ce point et de rappeler que la Turquie est un pays membre du Conseil de l’Europe, que la Turquie a signé et ratifié la convention européenne des droits de l’Homme et, qu’à ce titre, cela implique évidemment des devoirs qu’il est important de rappeler. Je constate que cet appel à l’apaisement, l’appel au respect de l’État de droit a été rappelé par Mme Mogherini il y a quelques instants dans une déclaration qu’elle a faite sur la situation en Turquie. Elle a rappelé également qu’il appartenait à chaque État membre de l’Union européenne, en fonction des règles de droit qui prévalent dans chaque pays, de prendre les décisions qui s’imposent, tout en souhaitant l’apaisement. Car l’apaisement c’est la bonne méthode ; l’escalade verbale, l’agressivité n’est pas une méthode et ne peut être que préjudiciable à des relations qui doivent être équitables et calmes entre les pays membres de l’Union européenne et la Turquie. Il est vrai que, dans les pays où ont lieu des élections - je pense à mon pays -, il y a un risque de polémique et d’exploitation politicienne. Je crois qu’une fois que les principes sont clairs et qu’on s’y tient, une fois qu’on a rappelé à tout le monde - et en particulier aux autorités turques - que nous ne pourrons accepter ni ingérence dans notre pays à l’occasion des échéances électorales, ni de paroles excessives, alors les choses sont dites et j’espère que chacun sera conscient qu’il est temps de garder son calme et son sang-froid, sans renoncer pour autant à ses principes et à ses valeurs"./.

Dernière modification : 15/03/2017

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