Réunion européenne et internationale sur la lutte contre le terrorisme (11 janvier 2015)

Le ministre de l’Intérieur a rencontré dimanche 11 janvier à l’Hôtel de Beauvau, dans le cadre d’un sommet international sur la sécurité, ses homologues européens ainsi que M. Dimitris AVRAMOPOULOS, commissaire européen, M. Gilles de KERCHOVE, coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme et M. Eric HOLDER, ministre de la justice des Etats-Unis.

Sommaire
I. Déclaration conjointe des participants (version française)
II. Joint statement of participants (english version)
III. Déclaration de M. Bernard Cazeneuve

I. Déclaration conjointe des participants

Réunis le 11 janvier 2015 à Paris à l’invitation du ministre de l’Intérieur de la République française, Bernard Cazeneuve, les ministres de l’Intérieur et/ou de la Justice de Lettonie, Rihards Kozlovskis, président pro tempore du Conseil des ministres de l’Union européenne, de l’Allemagne, Thomas de Maizière, de l’Autriche, Johanna Mikl-Leitner, de la Belgique, Jan Jambon, du Danemark, Mette Frederiksen, de l’Espagne, Jorge Fernandez Diaz, de l’Italie, Angelino Alfano, des Pays-Bas, Ivo Opstelten, de la Pologne, Theresa Piotrowska et du Royaume-Uni, Theresa May, et de la Suède, Anders Ygeman, ont adopté la déclaration suivante, en présence du Commissaire européen à la migration, aux Affaires intérieures et à la citoyenneté, Dimitris Avramopoulos, du ministre de la Justice des Etats-Unis Eric H. Holder, du vice-ministre de l’Intérieur des Etats-Unis, Alejandra Mayorkas, du ministre de la Sécurité publique du Canada, Steven Blaney et du coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove.

Nous sommes fiers de constater la condamnation unanime de ces actes par nos populations, également de toutes confessions, et nous saluons le soutien très large ainsi apporté à nos valeurs fondamentales. Nous sommes déterminés à poursuivre notre coopération avec l’ensemble des acteurs de nos sociétés civiles afin de prévenir et de détecter, à un stade précoce, la radicalisation. Nous devons, à cet égard, renforcer le dialogue pour ne pas permettre aux terroristes d’instiller la haine, la peur et la division au sein de nos sociétés. Nous marquons le besoin de renforcer encore davantage la coopération opérationnelle entre nos services, ainsi qu’avec les services des partenaires pertinents.

1/ Nous condamnons de manière la plus ferme la terrible et lâche attaque terroriste contre le journal français Charlie Hebdo, survenue à Paris, le 7 janvier 2015, qui a causé la mort de douze personnes, parmi lesquelles sept journalistes, deux policiers et quatre autres personnes présentes sur place, ainsi que l’assassinat, à Montrouge, d’une policière municipale et de quatre personnes à Paris, dans un attentat antisémite.
Nous adressons notre profonde sympathie et nos sincères condoléances aux familles des victimes.

Nous saluons le dévouement, en toutes circonstances, des forces de l’ordre, qui ont payé dans ce tragique événement un lourd tribut.

Nous réitérons notre attachement indéfectible à la liberté d’expression, aux droits de l’homme, au pluralisme, à la démocratie, à la tolérance et à l’état de droit. Elles sont constitutives de nos démocraties et au cœur de l’Union européenne. En s’attaquant à Charlie Hebdo, à des officiers de police et à la communauté juive, ce sont ces valeurs universelles que les terroristes ont voulu abattre. Ils n’y parviendront pas.

2/ Confrontés à une menace terroriste multiforme qui vise directement nos valeurs, nous réaffirmons notre solidarité sans faille et notre détermination à lutter ensemble contre le terrorisme, forts notamment des résolutions 1377 et 2178 du Conseil de sécurité des Nations Unies et des conclusions des Conseils Justice et Affaires intérieures (JAI) des 9 octobre et 5 décembre 2014, endossées par le Conseil européen, et dans le cadre et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

A cette fin, notre action doit continuer de s’inscrire dans une approche globale reposant à la fois sur la lutte contre la radicalisation, notamment sur Internet, et sur le renforcement des moyens destinés à contrecarrer l’action des différentes formes de réseaux terroristes et notamment en entravant leurs déplacements.

Nous soulignons notamment l’importance de l’engagement de tous les acteurs, à tous les niveaux, qui œuvrent à la lutte contre la radicalisation et nous nous engageons à soutenir les activités du futur RAN (réseau de connaissance de la radicalisation), Centre d’excellence.

3/ Préoccupés par l’utilisation d’Internet à des fins de haine et de violence, nous sommes déterminés à ce que cet espace ne soit pas perverti à ces fins, tout en garantissant qu’il reste , dans le strict respect des libertés fondamentales, un lieu de libre expression, respectant pleinement la loi. Dans cette perspective, le partenariat avec les grands opérateurs de l’Internet est indispensable pour créer les conditions d’un signalement rapide des contenus incitant à la haine et à la terreur, ainsi que de leur retrait, lorsque cela est approprié et/ou possible.

En complément à ce travail, nous sommes résolus, pour lutter contre la propagande terroriste, à développer, afin de toucher le public jeune, particulièrement exposé à l’endoctrinement, des messages positifs, ciblés et facilement accessibles aptes à contrer cette propagande. A cet égard, nous incitons l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne à faire un usage maximal de l’équipe de conseil en communication stratégique sur la Syrie (SSCAT), qui doit être prochainement mise en place par la Belgique sur financement européen.

Afin de s’attaquer aux racines profondes de la radicalisation, en particulier chez les jeunes populations, l’Union européenne devrait développer des actions ciblées afin d’éveiller les consciences et de promouvoir le respect des valeurs et des droits fondamentaux. Ceci devrait inclure le lancement d’une stratégie de communication de l’Union européenne, comme prévu dans les conclusions du Conseil sur le renouvellement de la Stratégie de sécurité intérieure de l’Union européenne.

4/ Dans un contexte de menace terroriste renouvelée, nous nous engageons à renforcer notre coopération visant à assurer la sécurité de nos concitoyens et à renforcer la confiance dans notre dialogue avec la société civile pour contrer l’extrémisme violent tant aux plans bilatéral que multilatéral.

Nous œuvrons à la lutte contre la circulation illégale d’armes à feu au sein de l’Union européenne. C’est l’une des priorités de la Plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT). Dans ce cadre, nous améliorons l’échange d’informations relatives à cette problématique entre les services des Etats membres et augmentons le nombre d’opérations conjointes contre ce phénomène en Europe. Cette coopération sera amplifiée.

Nous sommes déterminés à mettre en œuvre toutes les mesures utiles visant au partage du renseignement sur les différentes formes de la menace, et notamment les combattants étrangers terroristes, à la connaissance de leurs déplacements et des soutiens dont ils bénéficient où qu’ils se situent et, ainsi, être en mesure d’améliorer l’efficacité de notre combat contre ces phénomènes. A cette fin, nous rappelons notre détermination à utiliser pleinement les ressources d’Europol et d’Eurojust, mais aussi d’Interpol.

Nous souhaitons la finalisation rapide des travaux engagés sous la responsabilité de la Commission pour renforcer la détection et le contrôle des mouvements des ressortissants européens traversant les frontières extérieures de l’Union européenne. Dans cette perspective, nous mettrons en place des contrôles approfondis sur certains passagers, sur la base de critères objectifs, concrets, dans le respect de la fluidité des passages frontaliers, des libertés fondamentales et des exigences de sécurité.
En outre, nous estimons qu’une modification des règles du code frontières Schengen devrait rapidement être entreprise, afin de permettre de façon plus étendue, lors du passage des frontières extérieures par les personnes jouissant du droit à la libre circulation, la consultation du Système d’information Schengen.

5/ Nous sommes toujours plus convaincus du besoin crucial et urgent de progresser vers l’établissement du cadre pour un « Passager Name Record » (PNR) européen, incluant un PNR intra-européen. Nous sommes disposés à progresser, à cette fin, dans une approche constructive avec le Parlement européen.

6/ Enfin, la dimension internationale de ce phénomène doit nous conduire à promouvoir toutes les initiatives visant à renforcer la coopération avec nos partenaires, Etats d’origine et de transit et, si possible, avec les Etats de destination des combattants étrangers terroristes, dans la continuité de notre politique intérieure. Nos actions et politiques, sur le plan extérieur, devront être systématiquement en adéquation avec nos politiques et nos actions sur le plan intérieur, y compris via le Forum global de lutte contre le terrorisme (GCTF).

7/ Nous saluons tout particulièrement la qualité et l’importance déterminante de l’excellente coopération que nous entretenons avec les Etats-Unis et avec le Canada pour faire face à ce phénomène, et sommes non seulement déterminés à la maintenir à ce niveau, mais aussi à l’améliorer encore afin de défendre, partout sur la scène internationale, les valeurs de paix et de tolérance.

8/ En s’appuyant sur la présente déclaration conjointe, le Conseil JAI informel de Riga, le 29 janvier 2015, devra permettre de poursuivre et d’approfondir les travaux conduits pour lutter plus efficacement contre le terrorisme.

II. Joint statement of participants (english version)

At the invitation of Bernard Cazeneuve, Minister of the Interior of the French Republic, the ministers of the interior/ and or justice of Latvia, Rihards Kozlovskis, President Pro Tempore of the EU Council of Ministers, of Germany, Thomas de Maizière, of Austria, Johanna Mikl-Leitner, of Belgium, Jan Jambon, of Denmark, Mette Frederiksen, of Spain, Jorge Fernandez Diaz, of Italy, Angelino Alfano, of the Netherlands, Ivo Opstelten, of Poland, Theresa Piotrowska, and of the United Kingdom, Theresa May and of Sweden, Anders Ygeman, met on January 11, 2015, in Paris and adopted the following statement in the presence of European Commissioner for Migration, Home Affairs and citizenship, Dimitris Avramopoulos, Attorney General of the United States Eric H. Holder, Jr., United States Deputy Secretary of Homeland Security Alejandro Mayorkas, Steven Blaney, Minister of Public Safety of Canada, and European Counter-Terrorism Coordinator Gilles de Kerchove.

We are proud to note the general condemnation of this awful act by people, throughout the world, of all denomination and we welcome the broad support for our core values and norms. We look forward to continue our cooperation with all actors of our civil societies to prevent and detect radicalization in an early stage. We should foster dialogue and not allow terrorists to be successful in sowing hatred, fear and division in our societies.

We also stress the need to further strengthen the operational cooperation between our services, as well as with services of relevant partners.

1/ We utterly condemn the shocking and cowardly terrorist attack perpetrated against the French newspaper Charlie Hebdo in Paris on January 7, 2015, which killed 12 people, 7 journalists, 2 police officers and 4 other persons present, as well as the assassination of municipal police officer, and 4 persons in what must be qualified as an anti-Semitic attack.

We extend our deepest sympathy and our sincere condolences to the victims’ families. We commend the dedication, under all circumstances, of the police forces, which have paid a heavy price in this tragic event.

We reaffirm our unfailing attachment to the freedom of expression, to human rights, to pluralism, to democracy, to tolerance and to the rule of law : They are the foundation of our democracies and are at the heart of the European Union. By attacking Charlie Hebdo, police officers and Jewish community, the terrorists set out to tear down these universal values. They will not succeed.

2/ In the face of a multiform terrorist threat directly targeted against our values, we reaffirm our unfailing solidarity and our determination to fight together against terrorism, in accordance in particular with UNSCR 1377 and 2178 and the conclusions of the Justice and Home Affairs (JHA) Councils of October 9 and December 5, 2014, endorsed by the European Council, within the scope of and in accordance with human rights and fundamental freedoms.

To that end, our action must continue to be part of a comprehensive approach, based on the fight against radicalization, notably on the Internet, and on the strengthening of resources to thwart the action of the different forms of terrorist networks and notably to hamper their movement.

We underline in particular the importance of the commitment of all the actors, at every level, who work in the fight against radicalization and we are committed to supporting the activities of the future RAN Center of Excellence.

3/ We are concerned at the increasingly frequent use of the Internet to fuel hatred and violence and signal our determination to ensure that the Internet is not abused to this end, while safeguarding that it remains, in scrupulous observance of fundamental freedoms, a forum for free expression, in full respect of the law. With this in mind, the partnership of the major Internet providers is essential to create the conditions of a swift reporting of material that aims to incite hatred and terror and the condition of its removing, where appropriate and/or possible.

In addition to this effort, we have resolved – to combat terrorist propaganda and the misleading messages it conveys – to develop positive, targeted and easily accessible messages ; able to counter this propaganda, aimed at a young audience that is particularly vulnerable to indoctrination. In this regard, we urge all Member States to make maximum use of the Syria Strategic Communication Advisory Team (SSCAT) to be established by Belgium with European funding.

In order to tackle the root causes of radicalization in particular of young people, the EU should consider strengthening targeted actions designed to raise awareness and promote the respect of fundamental rights and values, including the development of an EU communication strategy as foreseen by the Council conclusions on the development of a renewed European Union Internal Security Strategy.

4/ In time of new terrorist threats, we commit to enhance our cooperation in the field of law enforcement, aiming at ensuring the security of our citizens, and building trust with civil society to counter violent extremism, both bilaterally and multilaterally.
We are working to reduce the supply of illegal firearms throughout Europe. This is a priority under the European Multidisciplinary Platform Against Criminal Threats. As part of this work we are improving intelligence sharing amongst Member States and increasing the number of joint firearms operations across Europe. This cooperation will be increased.

We are determined to implement all measures that may be helpful with respect to the sharing of intelligence information on the different forms of the threat, notably foreign terrorist fighters, on knowledge of their movements, and the support they receive, wherever they are, with a view to improving the effectiveness of our fight against these phenomena. To that end, we want to underscore our determination to use fully the resources of Europol and Eurojust as well as Interpol.

We hope to swiftly finalize work engaged under the auspices of the Commission to step up the detection and screening of travel movements by European nationals crossing the European Union’s external borders. To that end, we will more extensively detect and monitor certain passengers based on objective, concrete criteria which respect smooth border crossings, fundamental liberties and security requirements.

Furthermore, we are of the opinion that the rules of the Schengen Borders Code should be amended in a timely fashion to allow for broader consultation of the Schengen Information System during the crossing of external borders by individuals enjoying the right to free movement.

5/ We are further convinced of the crucial and urgent need to move toward a European Passenger Name Record (PNR) framework, including intra-EU PNR. We are prepared to move forward, adopting a constructive approach with the European Parliament.

6/ Finally, given the international scale of the phenomenon, we must promote all initiatives aimed at improving cooperation with our partners which are transit states and if possible destination states for foreign terrorist fighters. Our external actions and policies should constantly be in line with our internal actions and policies, and vice versa, including through the Global Counter Terrorism Forum (GCTF).

7/ We, especially, appreciate the caliber and the crucial importance of our excellent cooperation with the United States and the Canada in dealing with this phenomenon, and are determined not only to maintain, but to increase, our cooperation in order to defend the values of peace and tolerance around the globe.

8/ On the basis of this joint declaration, the informal Justice and Home Affairs Council (JHA) in Riga on January 29, 2015, should enable us to continue and deepen our efforts to more effectively combat terrorism.

III. Déclaration de M. Bernard Cazeneuve

Seul le prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,
L’épreuve à laquelle la France est confrontée particulièrement depuis mercredi concerne non seulement l’Europe mais aussi toute les démocraties.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris l’initiative de réunir en urgence aujourd’hui le G10 comme la Belgique l’avait fait en mai 2014 à la suite de la fusillade intervenue au musée juif de Bruxelles. Ce groupe rassemble dans un cadre informel de coopération et d’échange les ministres de l’Intérieur des pays européens les plus touchés par le phénomène dit des combattants étrangers. L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, la Belgique, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark et l’Autriche. Je remercie également mon collègue letton, Rihards KOZLOVSKIS qui préside actuellement le conseil des ministres de l’Union Européenne pour sa présence. Elle nous assure que les travaux de ce groupe informel se traduiront par des actions concrètes au sein de l’Union Européenne et la présidence lettone vient de nous faire savoir qu’elle réunirait en urgence un conseil JAI dans les prochains jours.

C’est également dans cet esprit que nous avons souhaité associer à nos travaux le commissaire européen à la Migration et aux Affaires intérieures, la Citoyenneté, Dimitris AVRAMOPOULOS, que je veux remercier chaleureusement pour sa présence ici à Paris et pour son engagement sans faille depuis qu’il a pris cette responsabilité pour nous accompagner avec tous les moyens de la Commission Européenne dans la lutte contre le terrorisme. Nous avons par ailleurs tenu ces discussions avec les ministres de l’Intérieur et de la Justice des Etats-Unis que je veux remercier du fond du cœur pour leur présence qui sont pour nous un partenaire fondamental dans la lutte contre le terrorisme. Je veux parler d’Alejandro MAYORKAS et d’Eric HOLDER. Je veux également remercier le ministre canadien de la Sécurité publique, Steven BLANEY qui a eu à gérer tout récemment une situation dramatique de crise liée au terrorisme dans son pays. Je remercie tous mes collègues encore une fois du fond du cœur pour leur présence, pour leur solidarité constamment manifestée au cours des derniers jours et qui a été un extrême réconfort dans l’épreuve qu’a traversée notre pays. Enfin, je voudrais saluer la présence à nos côtés du coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de KERKCHOVE.

Vous connaissez, Mesdames et Messieurs, le contexte dramatique qui a présidé à la convocation de la réunion exceptionnelle qui vient de se tenir ce matin ici au ministère de l’Intérieur et qui précède la marche républicaine qui aura lieu dans les rues de Paris cet après-midi. Un attentat terroriste contre le journal Charlie Hebdo a coûté la vie à douze personnes à Paris mercredi dont 7 journalistes et 2 policiers. Il a été suivi le lendemain à Montrouge par le meurtre d’une policière municipale ainsi que par deux prises d’otages dont l’une dans un magasin de produits casher comme sorte de point d’exclamation à l’ignominie déclenchée mercredi par la commission d’un acte antisémite. Au total, le nombre de victimes innocentes tombées sous le feu des terroristes s’élève à 17 personnes. Toute la France est dans le recueillement et dans le deuil. C’est donc à notre pays, à ses valeurs mais aussi aux valeurs de l’Europe et de la démocratie que ces terroristes ont voulu s’attaquer en s’en prenant à des journalistes, à des dessinateurs, des chroniqueurs de grand talent et d’un grand courage. Les forces de police de notre pays ont été également cruellement frappées. Il était naturel compte tenu de nos fonctions que nous rendions aujourd’hui hommage aux forces de police et de gendarmerie qui s’exposent au quotidien pour assurer la sécurité de nos concitoyens et qui ont payé un tribut particulièrement lourd au cours de ces derniers jours. Enfin, nous avons voulu dire ensemble avec force, avec détermination le dégoût que nous inspirent l’antisémitisme et tous les actes criminels auquel il peut conduire. Toutes ces femmes, tous ces hommes sont tombés, victimes du devoir ou en raison de leurs origines ou de leurs fonctions. Je veux leur exprimer à nouveau toute la gratitude de la Nation et dire aux familles et aux proches de toutes ces familles toute notre compassion. Je veux également m’adresser aux policiers, aux gendarmes qui ont été blessés pour leur dire de nouveau en présence de mes collègues toute mon admiration pour leur courage et leur souhaiter un prompt rétablissement.

La France a reçu ces derniers jours de très nombreuses marques de solidarité venues du monde entier dans de nombreux pays, les drapeaux nationaux ont été mis en berne. Mes homologues réunis ici m’ont témoigné au nom de leur gouvernement toute leur sympathie dans cette épreuve. Je leur en suis encore une fois profondément reconnaissant au nom du gouvernement français, du ministère de l’Intérieur et des forces de l’ordre, je tiens à les en remercier et à leur dire que leur présence me touche également infiniment.

Si nous sommes tous ensemble ici aujourd’hui Place Beauvau, cela témoigne du fait que le phénomène du terrorisme nous concerne tous, qu’il ne fait pas de distinction entre les Nations ni entre les continents. Le terrorisme a pris une dimension européenne et internationale du fait notamment de l’extension du phénomène des combattants étrangers en Syrie et en Irak qui touche dans des proportions variables tous les pays ici représentés. Il était donc indispensable que nous nous réunissions aujourd’hui pour évoquer avant les prochaines échéances européennes les conclusions qui peuvent être tirées à ce stade des dramatiques événements qui viennent de se produire et pour exprimer ensemble ce qui dans le travail important que nous avons déjà conduit au sein de ce groupe comme au sein de l’Union européenne doit être poursuivi, amélioré, corrigé ou initié.

Nous sommes, en effet, résolus à lutter ensemble contre le terrorisme et nous avons tout naturellement réaffirmé notre solidarité sans faille et notre détermination pour y parvenir au cours de nos échanges. Sur les plans européen et international, nous disposons déjà d’un certain nombre de textes importants pour mener ce combat, notamment de résolutions des Nations unies et de conclusions prises par le Conseil Justice Affaires Intérieures et par le Conseil européen qui est, comme vous le savez, l’enceinte de décision européenne du niveau le plus élevé. Ces textes constituent les cadres européen et international dans lesquels notre action doit s’inscrire mais ils ne suffisent pas bien évidemment car notre action doit se projeter dans une approche globale et opérationnelle.

Nous avons à cet égard identifié deux champs sur lesquels nous souhaitons plus particulièrement affirmer et renforcer notre coopération : les moyens destinés à contrecarrer les déplacements de combattants étrangers et de toutes les filières ; la lutte contre les facteurs et les vecteurs de radicalisation notamment sur Internet. C’est ce sur quoi nous venons d’échanger.

La lutte contre les combattants étrangers, les terroristes, leurs filières ou leurs organisations constitue une évidente priorité dans le contexte de menaces inédites que nous connaissons. Il s’agit tout simplement d’assurer la sécurité de nos concitoyens et de garantir partout en Europe parce que c’est là quelque chose qui est consubstantiel avec sa culture l’exercice des grandes libertés publiques. Dans cette perspective, nous devons mieux encore partager entre nous les informations relatives aux combattants étrangers mais aussi aux réseaux, aux filières terroristes organisés dont nous disposons. Nous le faisons déjà et nous nous sommes engagés à renforcer encore nos coopérations au cours de cette réunion. Ces échanges d’information doivent aussi s’appliquer aux déplacements et aux soutiens, y compris financiers, dont bénéficient ces combattants étrangers. C’est une des conditions pour améliorer l’efficacité de notre combat commun contre le terrorisme, sous toutes ses formes.

Par ailleurs, nous devons davantage solliciter les enceintes multilatérales de coopération policière, mais aussi judiciaire, auxquelles nos pays appartiennent. Je pense bien entendu à Europol, à Eurojust, qui mènent un travail extrêmement utile, comme j’ai pu le constater en décembre dernier. Interpol, organisation mondiale de police dont le siège est à Lyon, doit également être davantage sollicitée.

Enfin, nous sommes convenus de faire progresser notre coopération sur trois autres plans, en matière de lutte contre le terrorisme :

Nous devons d’abord faire aboutir très rapidement les travaux engagés sous la responsabilité de la Commission pour renforcer, à droit européen inchangé, les contrôles des ressortissants européens lors du franchissement des frontières extérieures de l’Union. Nous sommes tous d’accord, en effet, pour mettre en place les contrôles approfondis sur certains passagers, sur la base de certains critères objectifs, et naturellement dans le respect des libertés fondamentales, des exigences de sécurité, et avec la volonté de garantir la fluidité des passages frontaliers.

Nous devons ensuite acter la modification des règles du Code de frontières Schengen, pour permettre de consulter de façon plus étendue le système d’information Schengen lors du passage des frontières extérieures par les personnes jouissant du droit à la libre circulation.

Enfin, il nous faut progresser, nous le redisons tous ensemble avec force, de façon urgente vers l’établissement d’un PNR européen, cet outil qui permet l’échange des données concernant les passagers aériens entre les Etats membres. Nous devons bien entendu nous donner toutes les garanties en matière de protection des données personnelles. Mais nous sommes convaincus de l’utilité irremplaçable de cet outil, au plan européen, pour suivre ceux qui se rendent sur le théâtre des opérations terroristes pour y combattre, qui en reviennent, et lutter contre toutes les filières terroristes organisées. Le PNR sera également utile pour lutter contre d’autres formes graves de criminalité internationale, ou transnationale, d’autant que les données de passagers pourront être croisées avec certains fichiers, en respectant les garanties les plus élevées, encore une fois, en matière de protection des données.

En tant que ministres de l’Intérieur, nous avons en charge ce dossier au niveau européen, et nous souhaitons de façon déterminée qu’il progresse. Nous voulons nous engager dans une approche constructive de dialogue avec le Parlement Européen, qui est co-législateur en ces matières. Je recevrai très bientôt les députés au Parlement Européen français qui suivent cette question, pour évoquer avec eux le sujet de manière ouverte et franche. Mes collègues sont engagés, dans leurs pays, dans la même démarche.

Enfin, nous nous efforçons de lutter contre la circulation – et j’insiste sur ce point – et le commerce illégal d’armes à feu. Cette action doit aussi se déployer au niveau de l’Union, en intensifiant nos échanges de renseignements, et en menant des opérations conjointes lourdes et déterminées relatives à ce phénomène.

S’agissant d’internet, nous sommes là aussi déterminés à faire en sorte qu’il demeure un espace de libre expression, mais dans le respect rigoureux des lois. Nous devons lutter en effet contre l’usage dévoyé que font d’internet toutes les organisations terroristes pour diffuser leurs messages de haine, de racisme, d’antisémitisme, tenter de séduire par leur propagande les esprits vulnérables, assurer le recrutement de nouveaux terroristes et leur donner les moyens de passer à l’acte. Nous avons donc marqué avec force le besoin d’une plus grande coopération avec les entreprises de l’internet, pour garantir le signalement et le retrait, quand il est possible, des contenus illicites, notamment des contenus faisant l’apologie du terrorisme, ou appelant à la violence ou à la haine. Des initiatives ont été lancées par la Commission dans cette perspective, et nous attendons qu’elles débouchent rapidement sur des engagements et des résultats concrets. En complément, nous sommes convenus de développer des messages positifs, sous forme de contre-discours facilement accessibles, destinés au public jeune, qui est particulièrement exposé à la propagande des organisations terroristes. Enfin, nous sommes engagés à soutenir les activités du réseau européen d’échange sur le phénomène de la radicalisation, dont l’objet est la prévention de la radicalisation menant au terrorisme et à l’extrémisme violent. Par ailleurs, l’équipe de conseil en communication stratégique sur la Syrie, qui sera mise en place par la Belgique, grâce à un financement européen, doit se mettre au travail sans délai, afin de permettre à tous les Etats membres de profiter des expériences déjà acquises en ce domaine, notamment par le Royaume-Uni, dont il faut signaler l’action.

L’Union Européenne, représentée aujourd’hui au plus haut niveau par le commissaire AVRAMOPOULOS et par le coordinateur antiterroriste Gilles de KERCHOVE, constitue donc un échelon pertinent pour traiter de la problématique du terrorisme. Le conseil JAI informel de Riga, qui se tiendra à la fin du mois, mais qui pourrait être précédé d’une réunion convoquée en urgence par la présidence lettonne, devra permettre de poursuivre et d’approfondir les travaux de ce jour, avant le Conseil européen du 12 février.

Plus largement, la dimension internationale de ce phénomène va nous amener à renforcer la coopération avec nos partenaires, qu’il s’agisse des Etats d’origine, de transit ou de destination des combattants étrangers. Je voudrais donc souligner la qualité exceptionnelle de notre coopération avec les Etats-Unis et le Canada pour faire face à ce phénomène. Elle repose sur la nécessité de protéger nos populations contre une menace commune et de défendre ensemble les mêmes valeurs. Il est capital que nous sachions maintenir cette coopération au niveau d’intensité opérationnelle qu’elle connaît aujourd’hui. Je sais que telle est également la conviction de nos partenaires américains et canadiens et je veux donc remercier très chaleureusement Eric HOLDER, Alejandro MAYORKAS et Steven BLANEY pour leur présence à nos côtés et pour leur engagement.

Enfin, je voudrais conclure en soulignant l’esprit de grande solidarité et de grande amitié qui a présidé à nos relations au cours des dernières heures. Il n’y a pas un ministre présent sur cette estrade qui n’ait manifesté sa volonté d’être aux côtés de la France, de lui apporter son concours et de lui dire sa compassion. Lorsqu’un pays est confronté à une épreuve, d’autres l’ont été sur cette estrade, la solidarité, l’amitié, l’affirmation ensemble de notre attachement sans faille aux valeurs qui nous unissent est une force, une force qui nous est donnée pour réagir et pour combattre contre le terrorisme et je voudrais donc dire avec une immense gratitude et une grande reconnaissance et du fond du cœur non seulement au nom du gouvernement français mais au nom de tout le peuple français mes remerciements à mes collègues ministres de l’Intérieur pour leur présence ici à Paris, pour la solidarité dont ils ont fait montre, pour l’amitié incommensurable qu’ils ont exprimée à l’égard de notre pays, et je voudrais leur dire là aussi du fond du cœur que je n’oublierai pas la manière dont les uns et les autres ont été à nos côtés alors que nous étions confrontés à ce drame.

Dernière modification : 12/01/2015

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