Reconnaissance de la gravité de la crise agricole : les choses ont bougé

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt a participé hier, lundi 15 février, au Conseil des ministres de l’Agriculture de l’UE. Conformément à sa demande, et sur la base du mémorandum français, le déjeuner des ministres a été consacré à la crise des marchés agricoles en Europe et aux solutions à apporter.

Déclarations de Stéphane Le Foll lors de sa conférence de presse à l’issue du Conseil Agriculture de l’UE (Bruxelles, le 15 février 2016)

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Stéphane Le Foll  : « Je vais faire un point sur ce Conseil de l’agriculture, d’abord pour indiquer que, à l’occasion de ce Conseil et conformément à la demande que j’avais faite, il y a eu un déjeuner qui a été consacré à la crise ; la discussion à l’occasion de ce déjeuner a duré 2h30.

J’ai rappelé, au nom de la France, que nous étions dans une situation où la crise agricole, qui s’ajoute à d’autres crises, était au cœur des grands débats du projet européen. Ce qui a bougé aujourd’hui, c’est qu’enfin la Commission a reconnu la gravité de la crise. Elle avait été évoquée en septembre, avec des propositions de la Commission qui devaient régler cette crise mais qui n’ont pas suffi. Tout le monde a fait le constat que ces propositions n’avaient pas permis, loin s’en faut, d’être à la hauteur de la situation que nous connaissons aujourd’hui.

J’ai rappelé en particulier, sur le domaine du lait, que l’on a aujourd’hui un processus extrêmement dangereux qui est en cours. La baisse des prix fait que dans un certain nombre de pays – j’ai pu le constater lors de ma discussion avec mon collègue allemand – cette baisse des prix enclenche un processus d’augmentation de la production. Dans une dizaine de pays aujourd’hui, c’est ce processus d’augmentation de la production qui est en cours. L’augmentation de la production, l’excédent déjà de la production, cela a une conséquence sur la baisse des prix. Si je continue ce processus, la baisse des prix enclenche à nouveau une augmentation de la production.

Sur ce sujet, les discussions que j’ai eues ont permis deux choses. La première c’est que le Commissaire européen en particulier a fait le constat de la gravité de la situation, et a donc accepté le constat que je fais de cette situation. Il a aussi indiqué dans la discussion que nous avons eue et à l’occasion de ce déjeuner, qu’il avait retenu un certain nombre de propositions du mémorandum français, qui a été aussi salué et soutenu par douze pays de pays lors du déjeuner. Sur ces bases-là, le Commissaire s’est engagé à venir en France le 25 février, pour une rencontre avec le Premier ministre et moi-même, en France, à Paris. Nous avons donc une semaine pour avancer sur des propositions concrètes, qu’il faut mettre en œuvre.

Il a donné son accord sur l’idée de nouvelles mesures de promotion et de crédits à l’exportation. Il a aussi considéré que sur le processus que j’évoquais, il fallait trouver des solutions de maîtrise de la situation actuelle. Cela passe, pour ce que nous concerne toujours, par les outils d’intervention, ce qui est encore en débat dans de nombreux pays, à cause des souvenirs de ce qu’a été l’utilisation de ces outils. Mais l’accord qui semble se dessiner c’est qu’on doit, dans ce domaine, pour maitriser ce processus d’augmentation de la production, innover. Nous allons nous employer à travailler sur ces questions en particulier nous avons à faire des propositions. Un certain nombre d’articles aujourd’hui existent et peuvent permettre d’avoir des initiatives innovantes dans ce domaine.

Sur la production porcine, de la même manière : excédant d’offre avec un besoin là aussi. On a fait des propositions, en particulier pour limiter les mises en production liées aux truies qui peuvent mettre en production les porcelets, et puis des propositions liées à l’étiquetage, dont nous avons discuté avec le Commissaire, pour lui dire que la France avait engagée avec un décret la mise en œuvre d’une traçabilité spécifique. Je me souviens du texte de la Commission qui avait indiqué que c’était, certes intéressant, mais que ça pouvait être coûteux. La France se propose de mener une expérimentation dans ce domaine.

Pour ce qui est de l’embargo russe, plusieurs pays partagent l’avis de la France. Aujourd’hui on doit trouver les moyens de lever cet embargo, j’entends « embargo sanitaire », avec des solutions qui doivent être trouvées rapidement. Cela ne dépend pas uniquement, je le dis, du Commissaire européen à l’agriculture puisque cela dépend aussi de celui qui est chargé des échanges et du commerce. Mais le Commissaire nous a indiqué, et nous en ferons aussi la demande et la démarche auprès du Commissaire concerné, de trouver là les voies ou les moyens de lever cet embargo sanitaire. Cette opinion est partagé par de nombreux pays, d’après le constat qui été fait autour de la table ce midi.

Les choses ont bougé, et en même temps à l’échelle européenne, en particulier sur des solutions plus nouvelles sur lesquelles nous devons travailler, on a quelques jours pour avancer et convaincre l’ensemble de nos partenaires et la Commission pour faire des propositions. Je l’indique, ce Conseil, alors qu’il ne devait pas y avoir de point fait sur cette question de la crise, a débouché sur un déjeuner de 2h30, qui a permis à tout le monde de s’exprimer et de faire consensus sur le constat et d’ouvrir des pistes de travail à l’échelle européenne. C’est important : les choses avec ce Conseil ont bougé.

Je terminerai par le point aussi sur les manifestations qui ont lieu en France, qui portent sur la question des prix. J’ai vu que des enseignes de grandes surfaces avaient fait des déclarations, pas toutes les enseignes. Je souhaite que tout le monde s’engage sur la base de ce qui a été rappelé par le Premier ministre mardi dernier, et par moi-même et Emmanuel Macron vendredi. Il y a là une responsabilité qui incombe à tous les acteurs dans le cadre des négociations commerciales en cours, pour faire en sorte qu’on envoie aux agriculteurs, aux éleveurs, des signaux positifs dans un moment où ils attendent ces signaux. J’ai bien constaté, j’ai parfaitement vu ce matin en partant, que des manifestations avaient lieu en particulier en Bretagne, sur cette question. Et donc une fois encore, ici à Bruxelles, après avoir discuté de cette crise, je rappelle tout le monde à la responsabilité et en particulier, toutes les enseignes de la grande distribution ainsi que l’ensemble des industriels qui aujourd’hui négocient dans le cadre de ces négociations commerciales.

Voilà ce que je voulais vous dire : un Conseil où, sur la base du mémorandum français, à la demande de la France, un débat a eu lieu qui fixe aujourd’hui un certain nombre de constats communs, et qui en tout cas a fait bouger les lignes sur l’appréciation que l’on doit avoir sur la situation. Sur le fait d’ailleurs que cette situation avec cette croissance de la production et cet excès d’offre que nous avons dans le lait, dans le porc, et je n’oublie pas pour ce qui concerne la France la viande bovine, des mesures spécifiques devront être mises en œuvre à l’échelle européenne ».

Résultats de la session du Conseil

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Résultats de la session du Conseil (pdf. 231.1 ko)

Dernière modification : 10/03/2016

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