Grèce - "Le drame est derrière nous"

M. Michel Sapin a participé à la réunion de l’Eurogroupe et au Conseil ECOFIN qui se sont tenus à Bruxelles le 20 - 21 mars.

Déclaration de M. Michel Sapin à son arrivée à l’Eurogroupe (Bruxelles, 20 mars 2017)

Monsieur le Ministre, vous rentrez du G20. Etes-vous très insatisfait de la façon dont cela s’est passé avez vos partenaires américains ?

Michel SAPIN : "Le G20, c’était le G20. Aujourd’hui c’est une réunion de l’Eurogroupe, et nos partenaires américains ne sont pas dans l’Eurogroupe. Aujourd’hui nous travaillerons principalement sur la question de la Grèce.

Je vois que certains considèrent que nous avons encore du temps devant nous. Nous ne sommes certes pas à un moment où tout s’écroulerait si nous ne faisions rien, mais je pense que l’Europe et la Grèce ont besoin que nous avancions, que l’on montre la direction, que l’on montre qu’il y a des solutions qui doivent être mises en place, à la fois pour le bien de la Grèce et pour la cohérence de l’Europe. C’est de cela dont je souhaite m’entretenir avec mes collègues.

Vous avez déjà des mesures précises en tête ?

Michel SAPIN : Le travail est fait par les organisations dont c’est la compétence. Mais il y a un moment donné où les ministres doivent s’exprimer. On n’est pas là uniquement pour dire aux autres de travailler, mais aussi pour prendre nos responsabilités.

S’il n’y a pas d’accord aujourd’hui, cela soulève des risques ?


Michel SAPIN : La situation actuelle de la Grèce n’a rien à voir avec la situation de l’été 2015. Le drame est derrière nous, nous l’avons surmonté ensemble. Nous avons maintenant des solutions devant nous. Mais la Grèce a besoin de cette visibilité. La Grèce a besoin de cette stabilité. Les acteurs économiques grecs ont besoin d’y voir clair dans les mois et années qui viennent. C’est ce à quoi il faut pouvoir répondre rapidement aujourd’hui.

Avez-vous parlé de l’avenir de M. Dijsselbloem ?

Michel SAPIN : M. Dijsselbloem est président de l’Eurogroupe. Il sera président cette fois-ci. Il le sera certainement aussi la fois suivante.

Qu’attendez-vous de la notification britannique ?

Michel SAPIN : Je dirais « enfin » ! Nous attendions tous que la négociation puisse commencer, dès lors que le Brexit avait été voté et que nous devions respecter la volonté du peuple britannique. Les autorités britanniques ont eu du temps pour se préparer. Enfin on va entrer dans le vif du sujet ! Je souhaite qu’on le fasse de manière constructive des deux côtés.

Merci"./.

Conférence de presse de M. Michel Sapin à l’issue du conseil ECOFIN (Bruxelles, 21 mars 2017


MICHEL SAPIN :
"Lors de ce Conseil des Ministres de l’UE nous est parvenue l’information du décès d’Henri Emmanuelli. Je souhaitais vous dire combien c’est une grande tristesse pour moi. (…)

Concernant la Grèce, on trouve toujours que cela prend du temps. Les Grecs surtout pensent que cela est un peu long. Nous pouvons le comprendre. La situation grecque s’améliore. Même si les chiffres de croissance de l’année dernière n’ont pas été aussi importants que ce qui pouvait être espéré, nous pouvons quand même noter la sortie de toute une période de décroissance depuis des années et des années. Les perspectives pour cette année s’annoncent correctes, avec des chiffres en termes budgétaires pour l’année dernière qui sont exceptionnellement bons. Ils ont largement dépassé les prévisions avec presque 3% d’excédent primaire.

Pourtant, une inquiétude pèse sur l’économie grecque. Cette inquiétude est certainement due en grande partie à la durée de ces négociations. Peut-être cette durée est-elle légitime du point de vue du fond, mais il ne faut jamais oublier que tout cela a des conséquences sur l’économie réelle. Et nous avons besoin que l’économie réelle en Grèce redémarre, qu’elle produise de la richesse supplémentaire, qu’elle produise des emplois supplémentaires. Ce qui a été le cas au cours de l’année dernière et à la suite de l’accord de 2015. Or, nous ne sommes absolument pas dans une situation aussi difficile qu’en 2015. Nous sommes dans une situation de débats logiques, normaux, mais il faut éviter qu’il y ait des conséquences sur l’économie réelle, ce qui serait je crois le plus dommageable pour tout le monde, y compris pour nous.
En effet, une économie réelle qui ralentirait à cause des incertitudes, cela nous conduirait à une situation plus compliquée, plus délicate, et qui au bout du compte serait plus coûteuse pour les Européens, face à la nécessité d’apporter leur solidarité à la Grèce.

Ainsi vraiment je souhaite et nous souhaitons tous, que la conclusion des négociations soit rapide. Hier, davantage hors de l’enceinte que dans l’enceinte de l’Eurogroupe, je crois que cela s’est bien passé en termes de la mise au point d’un calendrier, d’une méthode de négociation, d’une volonté affirmée par les uns et par les autres d’aboutir le plus rapidement possible à un accord. Je ne sais pas quelle sera la date exacte, mais je pense que nous aurons beaucoup progressé d’ici le mois d’avril. Et lors de la réunion de Malte de toute façon, nous ferons le point sur cette question.

Je veux redire ici la détermination de la France à apporter son soutien à un gouvernement qui fait les choses. Je ne dis pas qu’il les fait facilement, je ne dis pas qu’il les fait dans tous les domaines, à la vitesse qui serait souhaitable mais, il y a une différence fondamentale par rapport à tous les gouvernements précédents depuis 2010 : il fait, il met en œuvre et il obtient des résultats. Et là est l’élément que nous devons conforter dans la période actuelle.

Le deuxième sujet portait sur la taxe sur les transactions financières. Nous nous sommes réunis hier à ce sujet, d’abord pour constater ce qui est logique, évident, mais il fallait le faire : sur les très grandes questions, comme celle de préconiser des bases larges pour avoir des taux faibles, nous étions toujours d’accord. On constatait donc que le champ lui-même était celui que nous avions déjà fixé précédemment. Vous savez qu’à l’initiative en particulier de la Belgique – pas seulement de la Belgique mais principalement – la question s’est posée de savoir si les fonds de pension devraient être taxés ou non, exonérés ou non de la taxe sur les transactions financières. Il s’agit du point qui reste encore aujourd’hui en débat.

Nous avons hier discuté de tout cela de manière détendue, de façon à aboutir. Plusieurs gouvernements doivent vérifier auprès de leurs propres autorités. Parfois, certains ont un mandat parlementaire, d’autres parfois ont un accord de coalition gouvernementale qui rend nécessaire des vérifications auprès de ces diverses autorités, pour voir si nous pouvons déboucher sur ce sujet. Il y a des compromis possibles, entre le « tout ou rien », comme souvent ici et dans le dispositif européen et fiscal. Cet aller-retour va avoir lieu de la part de trois ou quatre délégations pour vérifier une capacité, une possibilité à passer un compromis dans les semaines qui viennent. Je souhaite que ce compromis puisse être passé, que nous puissions enfin prendre une décision sur cette question de la taxe sur les transactions financières. A force d’en parler sans que cela ne soit encore mis en place, je crains que nous ne finissions par vous lasser, ainsi que l’opinion publique. Donc je pense qu’il faut parvenir à conclure ce sujet.

Enfin, ce matin -cela vous intéressera car c’est un sujet qui concerne la presse et la liberté d’expression- nous avons traité de la question de la TVA sur la presse en ligne et les livres numériques.

Le tour de table a été extrêmement convergent. La Commission a fait une proposition, vous la connaissez, qui est une possibilité offerte aux pays d’aligner sur les taux réduits la presse en ligne et les livres numériques, dans le cadre des dispositifs existants dans chacun des pays, et de le faire très vite.

Cette proposition a été très largement soutenue, d’abord par l’Allemagne et la France, puis par un grand nombre de pays, grands ou petits. Cette convergence importante apparue aujourd’hui va nous permettre de déboucher dans les semaines qui viennent sur un dispositif définitif qui pourra être adopté à l’unanimité. C’est pour vérifier cette unanimité que nous n’avons pas pu prendre la décision aujourd’hui. Je pense que nous n’étions pas loin de constater l’unanimité aujourd’hui.

C’est un sujet important qui a fait débat en France. Vous savez que nous avons, dans notre législation, déjà adopté ce taux réduit, mais il était nécessaire qu’il y ait une directive pour permettre qu’il en fut ainsi dans l’ensemble des pays et que ce que nous avons décidé en France soit bien couvert par un texte global européen. C’est une bonne avancée. Cette économie se développe énormément. Il n’y avait aucune raison qu’elle subisse une taxation supplémentaire au détriment de son développement.

Voilà les sujets dont je souhaitais vous parler. Il va y avoir dans quelques instants un débat sur le G20 de Baden Baden, qui a été un G20 nouveau dans le ton, nouveau sur les sujets, et avec une très forte présence de la France pour essayer de sauver l’essentiel, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de recul, ni sur les questions du climat, ni sur les questions de la lutte contre le protectionnisme, par rapport aux textes précédents. Donc n’y a pas eu de recul dans les textes, même s’il y a eu absence de référence"./.

Questions & réponses en video :

Dernière modification : 21/03/2017

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