Crise migratoire : Priorité à l’application des décisions déjà prises

Bernard Cazeneuve a participé le 25 février à Bruxelles au Conseil Affaires intérieures de l’Union européenne. A l’agenda de la réunion : le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’espace Schengen, la mise en place d’un corps européen de gardes-frontières, et la mise en œuvre des décisions prises par l’UE dans le contexte de la crise migratoire.

I-Déclarations de Bernard Cazeneuve à son arrivée au Conseil de l’UE (Bruxelles, 25 février 2016)

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Question : Vous allez voir votre homologue belge, quelle est votre réaction à la fermeture par la Belgique de la frontière franco-belge ?

Bernard CAZENEUVE : Je le verrai s’il est présent bien entendu puisque notre position sur les questions migratoires est d’être en permanence dans le dialogue.

Je veux sur ce sujet être extrêmement clair et en même temps extrêmement ferme. Pour ce qui concerne la situation d’abord à Calais, contrairement à ce que j’entends depuis quelques jours, la volonté du gouvernement à Calais est de procéder à la mise à l’abri de tous ceux qui relèvent du statut de réfugié en France. C’est une politique que nous menons maintenant depuis des mois puisque nous avons créé près de 102 centres d’accueil et d’orientation en France. L’ensemble de ceux qui relèvent du statut de réfugiés sont accueillis, sont orientés vers l’asile, sont encadrés par l’Etat et par des associations en vu d’apprendre le français et d’engager leur parcours d’intégration. Le gouvernement français considère que pour les publics vulnérables comme pour l’ensemble des migrants qui relèvent de l’asile en France leur mise en protection doit être la priorité.

Et je tiens là aussi à dire très clairement qu’il n’a jamais été question pour le gouvernement français -prétendre le contraire relève du mensonge et de la manipulation- d’envoyer des bulldozers sur la lande pour procéder à la dispersion des migrants sans aucun accompagnement.

Ce que nous faisons est l’exact contraire et je suis tout à fait déterminé en dépit du vacarme, en dépit des approximations et des manipulations, à conduire cette action humanitaire jusqu’à son terme avec une mobilisation exceptionnelle des fonctionnaires de l’OFII, de l’OFPRA, de la Préfecture, que je veux remercier pour le travail qu’ils font avec les associations qui nous accompagnent.

Par conséquent, prétendre qu’il pourrait y avoir en raison de cette mise à l’abri un afflux de migrants à la frontières belge ne correspond tout simplement pas à la réalité. Quand on regarde ce que sont les flux migratoires au sein de l’Union européenne, les migrants sont surtout présents en Allemagne. Lorsqu’ils veulent rejoindre Calais ils transitent par la Belgique ou franchissent la frontière franco-allemande. C’est donc dans l’autre sens que la pression s’exerce. Nous mettons actuellement à l’abri dans les centres d’accueil et d’orientation à Grande Sainte et à Calais des migrants qui ont traversé à partir de l’Allemagne ou la Belgique la frontière française. Nous sommes très déterminés à aller au bout de ce travail.

Deuxièmement, lorsque l’on prend une décision de ce type, on peut la prendre par le dialogue et on peut la prendre en ayant préalablement informé le pays concerné, ce qui n’a pas été le cas.

Enfin, troisièmement, et je veux insister sur ce point, nous avons pris des mesures de contrôles à la frontière sur la base de l’article 25 du Code frontières Schengen, mais, après que des terroristes qui n’étaient pas situés sur le territoire national ont frappé le territoire national en occasionnant 130 morts et les troubles à l’ordre public étaient manifestes. La situation sécuritaire était extrêmement grave. On ne peut pas rapprocher, en aucune manière, les deux décisions.

Le souhait de la France c’est de faire en quelque sorte que sur les questions migratoires on aborde les problèmes de façon globale dans la solidarité européenne et dans la responsabilité. C’est ce que nous faisons.

Question : Donc vous allez contester cette mesure auprès de votre homologue aujourd’hui à l’occasion de cette réunion ?

Bernard CAZENEUVE : De toute façon cette mesure, compte-tenu de ce que je viens de vous dire, cette décision est pour nous étrange et ses motivations le sont tout autant et ce d’autant plus que, encore une fois, la politique de la France est ce que je viens de vous indiquer.

Je suis encore une fois, avec mon homologue allemand notamment, très déterminé à faire en sorte que les décisions qui ont été prises au sein de l’UE soient rigoureusement appliquées, que le processus de relocalisation pour lequel la France a offert toutes les conditions d’accueil sur lesquelles elle s’était engagée suivent leur cours, que les "hotspots" en Grèce soient mis en place.

Nous avons fait une mission avec mon homologue allemand pour proposer aux Grecs qui ont besoin de notre aide notre assistance et nous allons donc faire en sorte avec Thomas de Maizière et avec nos collègues de l’UE que les décisions prises soient appliquées.

Question : Bloquer le flux des migrants en Grèce, est-ce que c’est une politique que vous soutenez ?

Bernard Cazeneuve : Mais nous ne soutenons absolument pas une politique qui consiste à mettre en difficulté la Grèce. Je me suis rendu en Grèce il y a de cela quinze jours avec mon homologue allemand. J’ai envoyé une mission de la police des frontières et de nos propres services en Grèce pour aider les Grecs à mettre en place les "hotspots".

Je pense que ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est appliquer les décisions que nous avons déjà prises. C’est-à-dire aider les Grecs à mettre les hotspots, c’est ce que nous faisons avec l’Allemagne ; continuer à discuter avec la Turquie pour tarir le flux, parce que si le flux s’amplifie nous aurons une difficulté à gérer la situation humanitaire en Europe et nous mettrons les migrants en difficulté. Ce que nous devons faire c’est appliquer le processus de relocalisation et de réinstallation tel qu’il a été décidé ; ce que nous devons faire c’est lutter de façon déterminée contre les filières de l’immigration irrégulière et les passeurs qui sont de véritables acteurs de la traite des êtres humains ; ce que nous devons faire c’est lutter contre les faux documents parce que Daesh a récupéré des milliers de passeports vierges en Irak et en Syrie, et que nous devons assurer la sécurité de l’accueil des migrants en Europe.

Moi je suis ici pour insister sur la nécessité d’appliquer les décisions déjà prises, de le faire avec humanité, de le faire aussi avec responsabilité, en faisant tout pour tarir les flux, et pour rappeler aussi un certain nombre de vérités avec calme, détermination, et fermeté.

II-Résultats de la session du Conseil

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résultats de la session du Conseil (25 février 2016, pdf. 186.3 ko)

Dernière modification : 11/03/2016

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