Conseil européen (Bruxelles, 26 et 27 juin 2014)


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Interview du président de la République (Ypres, 26 Juin 2014)

JOURNALISTE :

Est-ce qu’il y aura un vote, demain, sur la nomination de Monsieur JUNCKER, comme Monsieur CAMERON le demande ?

LE PRESIDENT :

S’il peut y avoir l’unanimité, pas besoin de vote. S’il y a une interrogation, s’il y a une position britannique – et peut-être pas forcément seulement britannique – je n’en sais rien. Je crois qu’aujourd’hui il y a un large consensus autour de Monsieur JUNCKER. S’il y a une demande d’un vote, je suis pour le vote. Je pense qu’il y a un moment où il est nécessaire que l’Europe dise ce qu’elle veut aussi bien pour les personnes que pour les politiques à conduire.

JOURNALISTE :

C’est la première fois dans l’histoire de l’Union européenne qu’on pourrait isoler un grand pays sur une question vitale d’intérêt national.

LE PRESIDENT :

Là, il s’agit de désigner une présidence pour la Commission européenne. Il ne s’agit pas d’un choix qui va déterminer, pour un pays, son avenir. Ceci justifierait un veto, celui hérité du « compromis de Luxembourg » – que la France avait imposé, au temps du Général de GAULLE.

Là, on n’est pas dans ce cas de figure. On n’est simplement sur une discussion sur le prochain Président. Pour ce qui me concerne, pour ce qui concerne la France et pour ce qui concerne les chefs de gouvernement sociaux-démocrates, ce qui compte c’est la personne, bien sûr, mais c’est surtout les orientations qui vont être définies, le mandat qui va être confié au Président de la Commission européenne.

JOURNALISTE :

Quelle doit être la feuille de route ? Est-ce que le soutien de la France à la candidature de Jean-Claude JUNCKER est encore suspendu à l’adoption partielle ou totale de votre agenda pour l’Europe ?

LE PRESIDENT :

Je souhaite qu’il soit discuté d’abord de l’agenda, des orientations ; et que nous allions ensuite vers le choix du Président. Je rappelle que ce n’est pas le Conseil européen qui choisit, qui décide du président de la Commission. Le Conseil européen propose un nom avec la force que cette institution peut représenter et c’est ensuite le Parlement européen qui doit se prononcer. Il faut donc respecter les institutions européennes, la démocratie européenne.

J’ai des positions à défendre. Elles ne sont pas sur les personnes, elles sont sur ce que doit être l’Europe. Je tiens compte de ce qui s’est produit au moment des élections européennes – en France et pas simplement en France. Il y a une attente beaucoup plus forte à l’égard de l’Europe sur l’emploi, la croissance et d’une manière générale sur la question de la démocratie en Europe. Je m’y tiens.

JOURNALISTE :

Sur le pacte stabilité, est-ce que vous allez faire preuve de flexibilité créatrice ?

LE PRESIDENT :

Je pense que si nous avons à respecter les engagements – c’est légitime, c’est nécessaire – il faut qu’il y ait la souplesse nécessaire aussi.

Interview du président de la République à Ypres, en Belgique le 26 juin 2014.

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Conférence de presse du Président de la République (Bruxelles, 27 juin 2014)

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Mesdames, Messieurs,

Le Conseil européen s’achève. Il aura duré plus de deux jours. Il est vrai qu’hier la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement avait été essentiellement consacré aux cérémonies sur les massacres, il n’y a pas d’autre mot, qui avaient eu lieu à Ypres pendant la Première Guerre Mondiale. C’était d’ailleurs émouvant et ça a été l’occasion pour nous comme pour d’autres de souligner combien l’Europe avait en un siècle changé de configuration. Il y a un siècle ; c’était la Guerre, c’était l’épouvante qui s’est prolongée par un second conflit ; aujourd’hui, c’est la paix et même s’il peut y avoir des divergences, même s’il y a des sujets de très grave préoccupation – je pense à l’Ukraine –, nous sommes capables de les régler dans l’harmonie au sein de l’Union européenne et dans la négociation et la discussion à l’extérieur même s’il y a hélas des morts aujourd’hui qui doivent être déplorées depuis le début de la crise en Ukraine.

Je reviens sur les résultats du Conseil. C’est un Conseil très important d’abord parce qu’il y a eu le choix d’un président pour la Commission européenne qui va être soumis au Parlement européen, ce sera sans doute le 15 juillet. Il y a eu l’adoption d’une stratégie, c’est-à-dire de priorités pour l’Europe dans les prochaines années, c’est-à-dire durant le mandat de la prochaine Commission et puis aussi, une décision très importante concernant un certain nombre de questions notamment le climat, la préparation de la conférence qui se tiendra à Paris à la fin de l’année 2015 mais les choix qu’il convient aussi d’adopter pour protéger les frontières de l’Europe dans le cadre d’une politique globale de l’immigration.

Mais je veux revenir d’abord sur l’Ukraine parce que depuis ce que nous avons fait avec Angela MERKEL à Bénouville en Normandie, c’est-à-dire la réunion entre le président POUTINE et le président/ POROCHENKO, la Chancelière et le président français, il y a eu incontestablement des progrès, progrès trop faibles mais des progrès que ce soit sur l’annonce d’un cessez-le-feu – ce fut la courageuse décision du président POROCHENKO –, que ce soit l’annonce par Vladimir POUTINE de renonciation d’une autorisation qui lui permettait de faire intervenir les Russes éventuellement en Ukraine, que ce soit la libération d’un certain nombre de personnes qui étaient retenues. Ça, c’est les progrès.

Je n’oublie pas une première amorce de dialogue politique mais il y a encore des processus extrêmement dangereux et qui n’ont pas cessé, des personnes qui sont encore retenues, des postes-frontières qui ont été pris d’assaut par les séparatistes et des manquements au cessez-le-feu ; il y a encore quelques jours, un hélicoptère ukrainien a été abattu avec plusieurs morts. Donc j’ai souhaité avec la Chancelière qu’il y ait une réunion avec le président POROCHENKO avant que nous n’ayons à prendre de nouvelles décisions. Le Conseil européen a adopté un texte qui prévoit que si quatre points ne sont pas respectés d’ici 72 heures, puisque le président POROCHENKO a accepté de prolonger le cessez-le-feu, alors, des décisions devront être prises.

Ces points sont les suivants : contrôle vérifié de la frontière entre l’Ukraine et la Russie ; retour le plus vite possible aux autorités ukrainiennes des postes-frontières ; libération de toutes les personnes retenues notamment celles qui relèvent de l’OSCE et précisément chargées de faire les vérifications. On doit ajouter à ces points des négociations qui doivent suivre le plan de paix. J’aurai avec toujours la Chancelière des discussions dimanche au téléphone avec le président POUTINE et le président POROCHENKO. Vous savez que nous avons déjà tenu au moins deux conférences de cette nature avec la Chancelière. C’est la suite du processus que nous avions ouvert en Normandie.

C’est important que nous puissions agir, France et Allemagne unies, et que nous puissions faire que le dialogue puisse être non pas encadré mais accompagné, dialogue entre le président ukrainien et le président russe mais je le dis si – c’est le sens de la décision du Conseil – s’il n’y avait aucun progrès sur les trois points que je viens d’évoquer, le Conseil des ministres des Affaires étrangères aurait à prendre des décisions conformément à ce qui a déjà été adopté. Par ailleurs, si la crise devait se poursuivre et s’il y avait des éléments qui appelaient à ce moment là à d’autres mesures, elles seront également adoptées mais nous n’en sommes pas là et nous ne voulons pas en arriver là.

Je veux féliciter le Conseil unanimement qui a adopté cette position parce que ce n’est pas facile, parce que chacun sait qu’il y a des sensibilités différentes mais là, compte tenu du processus que nous avons engagé, la Chancelière et moi-même, nous pouvions donner une garantie que c’étaient les bons points qui devaient être obtenus de la partie russe et que c’était de bonnes conditions qui étaient posées, c’est-à-dire qu’il était possible de les atteindre. 72 heures, c’est peu mais j’ai senti que le président POROCHENKO ne pourrait pas aller plus loin s’il n’y avait pas une réponse du côté de Vladimir POUTINE et surtout des séparatistes.

Voilà pour l’Ukraine. Ensuite, sur les autres décisions qui ont été prises, chacun retiendra que c’est lors de ce Conseil que Jean-Claude JUNCKER a été désigné comme président de la Commission européenne à condition – et la condition est importante – que le Parlement européen ratifie cette décision. Pour la France, c’était une logique, ce n’était pas un choix de personne, ce n’était pas un candidat que nous soutenions, Jean-Claude JUNCKER, c’était une logique, une logique qui avait commencé dès les élections européennes et leur préparation. Il avait été clairement indiqué que c’était le parti qui arriverait en tête qui pourrait avoir au lendemain des élections européennes la capacité de désigner celui qui avait été préalablement présenté comme possible candidat à la présidence de la Commission européenne, en l’occurrence pour le Parti Populaire Européen, Jean-Claude JUNCKER. Nous avons respecté la lettre et l’esprit des traités. Ce n’est pas facile pour un certain nombre de membres du Conseil européen et je peux les comprendre et nous avons vu combien la position de David CAMERON était délicate mais dès lors qu’il y a des règles qui sont posées, et je ne les ai pas inventées, ces règles, elles viennent du Traité de Lisbonne, 2008, et que chacun les avait bien en tête, eh bien, le processus doit aller jusqu’à son terme et c’est le Parlement européen qui validera ou ne validera pas le choix qui a été fait au Conseil européen. Un vote a eu lieu, et ça a été unanime sauf deux pays, qui n’ont pas fait ce choix, le Royaume Uni et la Hongrie.

Mais pour nous, pour moi, l’essentiel, c’était les orientations, c’est-à-dire le mandat qui par les chefs d’Etat et de gouvernement, allait être confié à la future Commission européenne. Les cinq priorités qui ont été retenues, correspondent et à ce que nous avions souhaité, nous la France mais également un certain nombre de chefs de gouvernement qui ont une sensibilité, celle de la social-démocratie.

Ces quatre priorités essentielles, c’est d’abord la croissance et l’emploi, avec deux principes qui ont été posés et qui étaient pour nous essentiels aussi, le fait d’utiliser toutes les marges, toutes les flexibilités, toutes les souplesses du pacte de stabilité et de croissance pour soutenir l’activité et d’interpréter ce pacte avec ces flexibilités, en fonction justement des taux de croissance des différents pays, de leur niveau d’endettement, de l’ampleur de leurs réformes structurelles pour que tout soit fait pour qu’il y ait à la fois le respect des engagements – et ça c’est un principe sur lequel je n’ai jamais demandé que l’on puisse avoir le moindre doute – mais dans le cadre du respect des engagements, d’avoir toutes les marges de manœuvre qui puissent être utilisées.

Le second principe que nous avons posé dans le texte, c’est d’avoir un soutien aux investissements, que l’Europe puisse elle-même investir. Comment ? D’abord il y a les fonds structurels, il y a la Banque Européenne d’Investissement, il y a ce qu’on appelle les capacités financières, et ce que d’autres évoquent avec des expressions en langue anglaise, « Project Bonds ». Il y a ce que l’on peut mobiliser comme épargne privée en Europe, bref utiliser là aussi toutes les ressources financières de l’Europe pour investir. Investir dans la transition énergétique, investir dans les infrastructures, investir dans le soutien aux PME.

La seconde priorité de l’agenda de la Ccommission, c’est l’emploi des jeunes. Et là encore, autant nous avions obtenu dans le cadre financier qu’il y ait une enveloppe budgétaire de l’Europe pour l’emploi des jeunes, autant nous avons pu augmenter les efforts financiers qui seront consacrés à cet objectif. Il y aura prochainement une réunion en Italie, sous la présidence de Matteo RENZI et nous aurons l’occasion de traduire déjà très vite cette exigence.

Troisièmement, l’Europe doit porter une politique énergétique commune. Nous avons commencé à d’en discuter déjà depuis plusieurs mois en Europe mais là, l’actualité nous sert – je pense notamment à ce qui s’est produit en Ukraine et qui exige d’assurer davantage la sécurité des approvisionnements - mais également les contraintes de compétitive avec des écarts de prix entre l’Europe et les Etats-Unis qui ne peuvent pas être acceptés dans le moyen terme. Et nous devons aussi favoriser à travers cette politique énergétique, le respect de nos engagements par rapport à la future conférence sur le climat, c’est-à-dire la question des gaz à effet de serre, des émissions. Si bien que la prochaine commission aura à mettre en œuvre cette politique énergétique avec la diversification des sources, avec une plus grande maîtrise de notre sécurité d’approvisionnement et avec la volonté d’une indépendance énergétique plus forte tout en évitant de nous mettre en infraction par rapport à nos propres obligations dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.

Quatrième priorité, la maîtrise de nos frontières. Il ne s’agit pas là encore de refaire des traités, de se lancer dans je ne sais quelle organisation juridique, il s’agit d’avoir une politique globale de l’immigration, faire que les pays coordonnent mieux leurs actions et qu’il y ait aussi de la part de l’Europe plus de volontarisme et notamment face à l’afflux de réfugiés venant de l’autre côté de la Méditerranée, de lieux de conflits – je pense notamment Syrie, Erythrée mais aussi Libye. Donc il est très important que nous puissions renforcer ce qu’on appelle Frontex et mettre à l’étude une organisation de garde-frontières à l’échelle de l’Europe ; faire en sorte que les droits soient reconnus, l’asile, le refuge et en même temps que nous puissions éviter des drames – il y en a eu en Méditerranée, il y en a encore – et enfin que nous puissions lutter contre l’immigration clandestine.

Enfin, il y a une cinquième priorité qui a été ajoutée mais celle-là, la France la soutient depuis longtemps et il faudra la traduire autrement que par des mots, c’est l’Europe de la défense et j’aurai l’occasion d’y revenir à l’occasion de ce sommet de l’OTAN qui se tiendra à l’automne prochain. C’est très important pour la France que d’avoir cette stratégie.

La question de la croissance, elle est majeure. Dans un long débat qui a eu lieu hier soir, nous avons tous convenu que nous avions changé de temps, changé d’époque, que la reprise était là, hésitante, faible – nous le voyons en France – que la crise de la zone euro était derrière nous, même s’il faut toujours faire attention et faire en sorte que les marchés, notamment par les taux d’intérêt, ne soient pas heurtés par telle ou telle décision, même si je crois que ce qui inquiète le plus les marchés n’est pas tel ou tel déficit mais plutôt la faiblesse de la croissance en général.

Il n’empêche, dans le respect de nos engagements, je voulais qu’il y ait la flexibilité pour le pacte de stabilité et de croissance. Je voulais qu’il y ait cette priorité nouvelle donnée à la croissance et chacun l’a bien compris. Est-ce à dire que nous portons derrière les mots les mêmes politiques ? Comment l’imaginer ? Mais ce qui compte, c’est que la prochaine Commission interprète les principes que nous avons posés, pour des choix qui devront être favorables à la croissance et à l’activité économique et donc à la lutte contre le chômage. Voilà le sens de ce Conseil européen.

Un mot du débat qui a accompagné la délibération sur le président de la Commission européenne. D’abord je n’ai pas voulu qu’il puisse y avoir je ne sais quelles tractations. Il y avait un principe, je l’ai rappelé tout à l’heure, une règle qui avait été posée pour que le conseil délibère sur le prochain président de la Commission. Je ne voudrais pas qu’on mette d’autres responsabilités dans la discussion, faire une espèce de troc. Non, ce que je voulais, c’était qu’on parle d’abord des orientations, ensuite du président de la Commission, en fonction des règles qui avaient été posées par les traités. C’est vrai que David CAMERON, dans le Conseil, a évoqué ce que pouvait être l’intérêt majeur d’un pays et le risque qu’il ne s’éloigne davantage de l’Union européenne. Chacun peut comprendre la situation politique intérieure d’un pays membre de l’Union européenne, d’un grand pays ; et en même temps, il n’y a pas eu de veto, il n’y a pas eu d’empêchement, il n’y avait pas d’intérêt fondamental au point d’éviter que les textes ne s’appliquent et que les traités soient mis en œuvre et c’est ce qui a été fait. David CAMERON a souhaité qu’il soit indiqué, et j’y ai consenti, le fait que l’Europe pouvait évoluer à plusieurs rythmes, à plusieurs vitesses – ça a toujours été ma conception – que certains pays ne veuillent pas prendre toutes les politiques, que d’autres veuillent en ajouter, voilà ce qui peut, sans modification des traités, être mené à bien pour les prochaines années.

Il y a eu aussi une discussion sur la façon de préparer ces échéances, notamment le choix du président de la Commission européenne. C’est vrai que les Etats peuvent considérer – et les chefs d’Etat et de gouvernement – que les votes au Parlement européen ont une influence sur leur propre délibération, mais c’est vrai, car les traités prévoient que nous faisons la proposition pour la présidence de la Commission, en tenant compte des résultats des élections européennes. Nous avons tenu compte des résultats des élections européennes.

Mais tenir compte du résultat des élections européennes, ce n’est pas simplement pour le choix du président de la Commission, c’est également pour les politiques que nous avons mises en œuvre ; et c’était ce message-là que je voulais faire entendre. Et à cet égard, dans l’agenda, dans la stratégie, dans le mandat de la prochaine Commission, je considère que le message qui a été prononcé d’une Europe plus active, d’une Europe plus puissante pour lutter contre le chômage, d’une Europe plus protectrice, d’une Europe capable d’être également plus attentive, plus solidaire à l’égard de la jeunesse, ce message-là a pu être intégré dans le mandat de la prochaine Commission européenne.

Voilà, je peux répondre à vos questions.

QUESTION - Monsieur le Président, vous venez d’évoquer cette flexibilité que vous avez obtenue à l’issue de ce Conseil dans l’application du pacte de stabilité. Mais je crois que nous sommes nombreux ici à vouloir bien vous comprendre. Est-ce que cela signifie que les engagements de réduction de la dépense publique – les 50 milliards – seront tenus mais qu’on ne serrera plus la vis en France ? Est-ce que cela signifie que l’on n’augmentera plus les impôts, même si la croissance n’est pas au rendez-vous ? Et est-ce que cela signifie, par conséquent, que le gouvernement prend le risque de laisser filer les déficits ?

LE PRESIDENT -Je ne suis pas intervenu pour défendre la France seulement, pour faire un plaidoyer pro domo par rapport à notre propre situation. Je suis bien sûr animé par les intérêts de la France. Mais lorsque j’évoque les souplesses, les flexibilités et les marges que prévoient déjà les textes qui ont serré le pacte de stabilité dans des principes, je défends une conception de l’Europe. Si nous avons été suivis par beaucoup de pays, d’inspiration politique différente, c’est bien parce que c’est l’intérêt de l’ensemble des Européens qu’il y ait plus de croissance.

S’il y a plus de croissance, il sera plus aisé de réduire les déficits et d’assurer un certain nombre de réformes. En revanche, ce que j’ai voulu, c’est que ce que nous faisons en France – des réformes structurelles, des réductions de déficit, des diminutions de dépenses et notamment le plan de 50 milliards – puisse être autant d’arguments pour nous permettre de justifier l’application du pacte de stabilité avec les flexibilités. Mais je n’ai pas été le seul à exprimer cette position.

Nos amis italiens ont fait valoir que lorsque la croissance est faible et lorsque l’endettement est élevé, il convient aussi d’utiliser les flexibilités. Mais tout cela doit se faire dans le respect de nos engagements. Je n’ai pas demandé une entorse, je n’ai pas demandé une dérogation, je n’ai pas demandé une exception, j’ai demandé tout simplement l’application, la pleine application – et pas pour un pays, mais pour tous les pays qui peuvent se trouver dans un certain nombre de situations.

Pour ce qui concerne la France, les choix que nous avons faits – pacte de responsabilité, plan d’économie, mesures pour l’emploi, baisse d’impôts pour les ménages, allègement du coût du travail pour les entreprises – tout cela peut être parfaitement cohérent avec ce que nous avons obtenu aujourd’hui au Conseil européen.

QUESTION - Une question sur le nouveau Président de la Commission. Comment est-ce que le Royaume-Uni va pouvoir travailler avec Monsieur JUNCKER, s’il est confirmé comme Président, vu que Monsieur CAMERON s’est battu tellement fort contre sa nomination ? Merci.

LE PRESIDENT - Le Royaume-Uni est membre de l’Union européenne. Il n’a pas un statut à part, pas plus que la France – même si le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne... sont de grands pays qui doivent être entendus. Lorsque David CAMERON s’exprime, c’est tout à fait légitime d’accorder du crédit à ce qu’il peut dire, y compris sur la difficulté pour ce qui le concerne de faire passer cette décision dans son propre pays. Mais nous devons, en Europe, nous habituer à vivre ensemble avec des règles et avec des traités.

Nous n’avons pas d’autre voie. Jean-Claude JUNCKER n’est pas un inconnu. Monsieur CAMERON a travaillé avec lui pendant des années. Il est un homme reconnu pour avoir été longtemps chef de gouvernement de son propre pays et avoir été président de l’Eurogroupe – ce qui est déjà une responsabilité, même si le Royaume-Uni n’est pas membre de l’Eurogroupe, puisqu’il n’est pas membre de la zone euro ! Je suis sûr que Monsieur JUNCKER aura à cœur de travailler avec tous les pays et donc tous les chefs de gouvernement et d’Etat des membres de l’Union européenne. C’est maintenant sa responsabilité.

QUESTION - Vous avez beaucoup insisté sur la nécessité d’avoir de la croissance en France, de lutter contre le chômage. Que diriez-vous aujourd’hui aux Français qui doutent, notamment sur la question du chômage, à qui vous avez promis, il y a six mois, l’inversion de la courbe ? Comment donner espoir aujourd’hui ?

LE PRESIDENT - La lutte contre le chômage, c’est la priorité, c’est la seule qui puisse être entendue et comprise comme l’exigence majeure pour une grande nation comme la France. Nous avons une augmentation continue du chômage depuis maintenant six ans. Six ans ! Ceci fait que nous sommes avec 10% de la population active qui se retrouvent sans emploi – et si l’on prend les précaires, encore davantage... Ce n’est pas un problème de choix. C’est une obligation de parvenir à endiguer la montée du chômage, puis à réduire le chômage.

Quelles sont les leçons que je tire ? Premièrement, s’il n’y a pas d’emplois aidés dans une période de faible croissance, il ne peut pas y avoir de diminution du chômage. Mais s’il n’y a pas de croissance – et c’est ce qui est arrivé au premier trimestre – il y a nécessairement une augmentation du chômage, malgré les emplois aidés que nous avons mis en place depuis maintenant plus d’un an. Troisième leçon : la France doit améliorer sa compétitivité et alléger le coût du travail des entreprises. C’est le sens du pacte de responsabilité.

En contrepartie, les entreprises doivent discuter et négocier, pour que toutes les conditions de la création d’emplois soient mises en œuvre et qu’un certain nombre de blocages puissent être levés, notamment en faveur des jeunes et des seniors. Plus que jamais, compte tenu de ces chiffres, le pacte de responsabilité et de solidarité doit être non seulement voté mais mis en œuvre. Tout doit être fait pour que la conférence sociale puisse ouvrir une étape nouvelle de négociations entre les partenaires sociaux sur tous les blocages qui empêchent la création d’emplois. Tout doit être fait pour donner une visibilité à l’ensemble des acteurs économiques, les ménages comme les entreprises, sur leur propre fiscalité.

Comme nous avons, en plus, un problème dans le bâtiment et dans les travaux publics, le Premier ministre et le gouvernement – j’y veillerai – prendront toutes les mesures nécessaires pour la relance de cette activité. Nous avons déjà – sur la question de la transition énergétique – présenté un projet de loi. Les mesures fiscales contenues dans ce projet de loi seront applicables dès le 1er septembre 2014.

Nous devons montrer que cette bataille est celle de tous. Même s’il y a de mauvais chiffres – et c’est arrivé pour le mois de mai – plutôt que de commenter ces chiffres, nous devons nous battre et nous mobiliser : le gouvernement bien sûr, et c’est le cas ; les partenaires sociaux, et c’est l’enjeu des négociations qui s’ouvrent dans le cadre du pacte de responsabilité, aussi bien avec les signataires que les non-signataires : mais aussi au Parlement où arrivent des textes qui vont consacrer et traduire le pacte de responsabilité.

Maintenant, il n’y a plus de temps à perdre. Non pas que nous en aurions perdu. Au contraire, nous avons mis en œuvre un certain nombre de politiques. Mais nous voyons bien qu’au moment où la croissance repart, il faut mettre, du côté national, toutes les ressources possibles, toutes les politiques qui concourent à l’amélioration de l’offre et au soutien de la demande ; et au plan européen, utiliser toutes les marges et toutes les flexibilités, mener des politiques d’investissement pour les années qui viennent...

QUESTION – Puisque le Président de la Commission européenne pressenti, M. JUNCKER, est nommé, on va passer à une seconde phase, celle de la désignation des hautes personnalités. Cela va arriver très vite. Plusieurs Etats ont déjà annoncé qui serait leur commissaire. Est-ce que vous pourriez nous indiquer quel portefeuille éventuellement vous visez ? Ou quelle serait la personnalité que la France proposerait à la Commission européenne.

LE PRESIDENT – Procédons par étape. Aujourd’hui, je ne voulais pas qu’il y ait une confusion ou un mélange ou une tractation. Aujourd’hui, c’est la désignation du Président de la Commission, sous réserve du vote du Parlement européen, le 15 juillet vraisemblablement.

Le 16 juillet, il y aura un nouveau Conseil européen pour évoquer les autres responsabilités. Quand je dis les autres responsabilités, c’est la présidence du Conseil, la présidence de l’Eurogroupe, les représentants pour la politique extérieure et de sécurité commune... Sans doute y aura-t-il aussi dès la nomination effective de M. JUNCKER, des discussions sur la composition de la Commission et les responsabilités qui peuvent être confiées à tel ou tel Commissaire.

Il y a donc trois temps : le temps du Président de la Commission jusqu’au 15 juillet ; le temps des responsabilités majeures au sein de l’Union européenne ; et puis après le temps des Commissaires et de la composition et de l’organisation de la prochaine Commission.

Pour ce qui concerne la France, nous voulons prendre, dans la Commission, une responsabilité importante. Je souhaiterais pour l’organisation de la Commission – je m’en ouvrirai au Président JUNCKER, s’il est confirmé comme Président de la Commission – qu’il y ait une organisation autour de grandes vice-présidences qui elles-mêmes puissent avoir des secteurs importants. C’est à ce titre-là que je demanderai pour la France une vice-présidence.

QUESTION – Est-ce que les résultats très mauvais de la gauche aux élections européennes ont plutôt affaibli votre position dans cette discussion ? Ou, au contraire, est-ce que l’émergence de l’extrême droite et des eurosceptiques, a paradoxalement renforcé votre discours sur la flexibilité, la souplesse budgétaire ?

LE PRESIDENT – Je ne voudrais pas vous répondre en disant que, quand on a des mauvais résultats, cela nous aide ! Parce que les électeurs pourraient penser qu’il faut encore que nous ayons de mauvais résultats ! Ce qui est vrai, c’est que, pas simplement en France, il y a eu une montée des votes eurosceptiques. Parfois à caractère d’extrême droite, comme en France.

Il y a eu aussi des succès. Je pense notamment à celui du centre-gauche italien, autour de Matteo RENZI. Mais c’était le même message, différemment exprimé. Certains voulaient sortir de l’Europe ou contester l’Europe ; d’autres voulaient une nouvelle orientation de l’Europe. Je peux donc vous répondre oui.

Ce que j’avais annoncé, c’est que si l’Europe n’était pas suffisamment ardente pour la croissance, pour l’emploi, pour la protection, il y avait un risque que des groupes utilisent l’euroscepticisme à d’autres fins, à des fins essentiellement de politique intérieure. L’Europe ne les intéresse pas, puisqu’ils veulent sortir de l’Europe. Ils n’arrivent mêmes pas, d’ailleurs, à faire un groupe au sein du Parlement européen, tant leurs divergences sont grandes.

Ce qui s’est produit à l’occasion des élections européennes a validé ce que j’avais, avec d’autres, affirmé sur les risques que courraient l’Union européenne si elle ne répondait pas. Alors même qu’elle a plutôt bien travaillé depuis deux ans pour lutter contre la crise de la zone euro, elle n’a pas donné tous les résultats escomptés en termes de croissance et d’emploi. C’est le moins que l’on puisse dire... Peut-être ne le pouvait-elle pas d’ailleurs, dans les difficultés qui étaient les siennes et avec les politiques d’austérité infligées à bon nombre de pays.

Mais maintenant la crise de la zone euro est derrière nous, les taux d’intérêts sont parmi les plus faibles de ces dernières années, y compris pour des pays qui étaient encore hier sous programme. Alors, c’est vrai que j’ai été davantage entendu, comme d’autres, pour qu’il y ait davantage de priorités qui soient données à la croissance. Angela MERKEL par exemple, dans le cadre de ce Conseil – mais je ne vais pas parler à sa place – a dit : il faut dire que la reprise est là, qu’elle est sans doute encore hésitante, mais qu’elle est là. Il nous faut la conforter par des réformes structurelles – ne laissons pas penser que les pays n’auraient aucun effort à faire. Qui peut imaginer que c’est simplement par des politiques européennes que nous allons retrouver de la croissance ? Chaque pays doit faire un effort pour la compétitivité, pour l’emploi.

En même temps, si nous avons à respecter nos engagements, nous devons le faire, je l’ai dit, avec des flexibilités. C’est vrai que, d’un certain point de vue, le message des élections européennes a été porté et même traduit. Sauf le message de l’euroscepticisme. Ce n’est pas avec moins d’Europe que nous pourrons faire des politiques qui seront plus favorables à la croissance et à l’emploi. C’est au contraire par des politiques européennes, donc par plus d’Europe.

QUESTION – M. CAMERON avait dit, il y a quelques jours, qu’il souhaitait un poste de super-Commissaire britannique, en charge de tout un « Group cluster » et d’autres Commissaires. Vous pensez que cela pourrait se faire ? Est-ce que l’idée a été un peu abordée ? Est-ce que vous pensez que l’on pourrait aller dans une telle direction ? Vous avez mentionné un poste de Président de l’Eurogroupe, est-ce que c’est vraiment nécessaire de prendre cette décision, le 16 juillet ?

LE PRESIDENT – D’abord, nous n’avons pas discuté de la composition de la Commission. Donc, aucun pays n’a fait, pas plus la France que le Royaume Uni, une demande particulière. Parce que ce n’était pas le cadre, ce n’était pas le moment. Et à qui s’adresser ? Le Président de la Commission actuelle n’est pas, aujourd’hui, de sa compétence et le prochain n’est pas encore désigné par le Parlement européen... La question de la composition de la Commission n’a pas été sur la table.

Pour le Président de l’Eurogroupe, oui, cela fait partie des postes qu’il convient de regarder le 16 juillet !

QUESTION – La Cour européenne des Droits de l’homme a condamné la France pour son refus de reconnaitre des enfants, nés à l’étranger, de mères porteuses. La France va-t-elle reconnaitre les enfants nés sous GPA à l’étranger ? Va-t-on vers une légalisation de la GPA en France ?

LE PRESIDENT – Je l’ai dit suffisamment nettement pour être entendu, avant même que n’intervienne cette décision de la Cour européenne des Droits de l’homme. Il ne sera jamais question de la légalisation de la gestation pour autrui, tant que je serai Président de la République. Jamais ! Parce qu’il s’agit de quoi ? Il s’agit de la marchandisation du corps, des mères porteuses, celles que l’on va payer à l’étranger pour permettre à un couple, en souffrance d’un manque d’enfant, d’en avoir un.

La Cour européenne des Droit de l’homme n’a pas, d’ailleurs, abouti à ce que la gestation pour autrui soit reconnue. Elle ne le sera pas en France. Elle a simplement rappelé l’intérêt de l’enfant, pour que cet enfant, né dans le cadre d’une gestation pour autrui à l’étranger, puisse avoir une nationalité. D’ores et déjà, nous avions fait en sorte que les enfants nés ainsi puissent avoir la nationalité française, par voie de circulaire. Nous continuerons de le faire.

QUESTION – On a appris aujourd’hui que la Haute autorité de la transparence de la vie publique révélait que l’un de vos ministres avait sous-évalué son patrimoine de 700 000 euros, je voulais avoir votre réaction. Est-ce que Jean-Marie LE GUEN, puisque c’est de lui dont il s’agit, a toujours sa place au Gouvernement ? Merci.

LE PRESIDENT – D’abord, il y a une Haute autorité pour la transparence. C’est ce que j’ai voulu, c’est ce que le Parlement a décidé et c’est ce qui maintenant est mis en œuvre pour les ministres, pour les parlementaires, pour les principaux élus et même pour les hauts-fonctionnaires.

C’est un progrès considérable pour notre démocratie. Cette Haute autorité n’est pas simplement une organisation qui vient prendre les déclarations telles qu’elles sont. Elle les vérifie et elle les corrige si nécessaire. C’est ce qu’elle a fait pour le cas d’un secrétaire d’Etat. Elle lui a demandé de faire en sorte que l’évaluation de son patrimoine puisse être réévaluée en fonction des prix du marché.

C’est ce qu’il a fait et c’est ce qui a conduit cette haute autorité à considérer cette déclaration comme sincère et exhaustive. Si tel n’avait pas été le cas, il ne serait pas – ou ne serait plus – au gouvernement.

QUESTION – Je reviens sur le Conseil européen, est-ce que la France va respecter l’objectif des 3% en 2015 ? Est-ce que cet objectif est tenable ?

LE PRESIDENT –La France respecte ses engagements. Qu’est-ce que le Conseil européen penserait d’un pays qui vient, pour préparer le prochain agenda de la Commission européenne, avec une seule obsession : ne pas respecter un engagement ? Non, nous respectons les traités. Respecter les traités, c’est respecter tous les traités, c’est-à-dire le pacte de stabilité et de croissance et les flexibilités qu’il prévoit.

Si la croissance était très faible, nous pourrions utiliser justement ce que les traités prévoient. S’il y avait des circonstances exceptionnelles, là encore, nous pouvons utiliser les flexibilités. Mais, comme je vous l’ai dit, je n’ai pas parlé simplement parce que la France aurait, vis-à-vis du déficit, un problème particulier. J’ai parlé au nom de l’intérêt de tous les Européens.

Mais, je vais quand même dire un mot. Quand je suis arrivé aux responsabilités, il y avait déjà eu les traités : pacte de stabilité et de croissance, pour ceux qui connaissent le « six-pack » et autres raffinements... Ce n’est pas moi qui les ait décidés. Je suis obligé maintenant de tenir compte de leur existence. Mes prédécesseurs ont laissé un déficit supérieur à 5,2% du PIB, alors il convient d’avoir du temps pour aboutir aux 3%. C’est d’ailleurs ce que nous avions obtenu. Je me mets toujours dans cette perspective : respect des engagements et utilisation de toutes les souplesses possibles en fonction des circonstances.

Je ne sortirai pas de ce cadre. Il se trouve que ce que vient d’adopter le Conseil européen permet de justifier cette position. Nous réduirons les déficits, mais nous avons aussi des réformes à faire, et c’est cela qu’il faut bien comprendre. Ce qui est demandé aujourd’hui à la France, parce qu’aucune décision n’avait été prise durant des années, c’est à la fois de réduire ses déficits, d’améliorer ses performances industrielles et d’être plus compétitive en allégeant le coût du travail. C’est difficile !

Un pays comme l’Allemagne a eu plus de 10 ans – dans une période de croissance plus forte – pour faire les deux successivement. Nous, on nous demande de faire les deux en même temps, en peu de temps, et avec moins de croissance ! Je demande, non pas une exception française, je demande une intelligence collective.

QUESTION – J’ai une question concernant l’Ukraine. Suite aux différents échanges qu’il y a eu et le DDay dont vous avez parlé tout à l’heure en Normandie, il y a eu des échanges entre vous, Madame MERKEL, M. POUTINE et M. POROCHENKO. Est-ce qu’en parallèle la démarche de Barack OBAMA est convergente ? La deuxième partie de la question concerne le South Stream Project donc l’agrément a été signé en Autriche avec Gazprom. Je voudrais savoir si ce sujet a été évoqué.

LE PRESIDENT – Tous les efforts sont convergents. Ils sont – pour ce qui concerne les Etats-Unis et pour ce qui concerne l’Europe – en cohérence. Lorsque nous agissons Angela MERKEL et moi-même, nous le faisons en bonne harmonie avec le Président OBAMA. Nous avons les mêmes objectifs : obtenir la prolongation du cessez-le-feu 72 heures, c’est fait, et faire en sorte que le cessez-le-feu puisse être effectif au terme de cette période. C’est pourquoi les 4 points que j’ai évoqués sont essentiels.

Je dois souligner combien la coopération entre l’Allemagne et la France, entre Angela MERKEL et moi-même, a été exemplaire. Exemplaire pour l’Europe, exemplaire pour la paix. Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait ensemble, de la préparation de la rencontre de Bénouville jusqu’à aujourd’hui. Je pense que nous allons continuer. Non pas simplement pour entretenir nos relations avec le Président POUTINE et avec le Président POROCHENKO (d’autres peuvent en avoir aussi, d’excellentes ou en tout cas de confiantes), mais pour que l’Europe soit pleinement associée à ce processus. Ce matin encore, Angela MERKEL et moi-même, nous avons vu longuement POROCHENKO pour aboutir à ce résultat, pour être sur la bonne position, et pour faire en sorte que nous puissions, dans les 72 heures, trouver une solution. Enfin, c’est le sens de la conférence téléphonique que nous aurons encore dimanche.

Qui aurait pu penser, il y a quelques semaines, qu’il serait possible non seulement de faire rencontrer le Président ukrainien et le Président russe à Bénouville en Normandie, mais qu’il serait possible de poursuivre ce dialogue direct pendant plusieurs longues conversations téléphoniques, très longues, parfois trop longues ? C’est important qu’ils se parlent. Cela a été possible grâce à l’amitié entre la France et l’Allemagne et à cette belle complicité.

Sur South Stream, ce sont des choix qui appartiennent à chacun des pays, nous en aurons le résultat parce que cela fait partie, vous avez raison, de la politique énergétique que nous devons mener à bien en Europe. S’il y a une souveraineté, chaque pays s’approvisionne comme il l’entend, avec des moyens logiques, des interconnexions... Il est très important que nous ayons aussi une coordination. C’est pourquoi j’attache autant de prix à la politique européenne de l’énergie avec notamment, là encore, l’Allemagne.

QUESTION – Monsieur JUNCKER lui-même ne voulait pas, il y a quelques semaines, être Président de la Commission. Le processus de nomination vous parait-il être un bon processus ? Est-ce qu’il faudra le renouveler dans cinq ans ? Deuxième question : avec cette flexibilité que vous obtenez, la minorité frondeuse du Parti socialiste va-t-elle être satisfaite ? Troisième question : les Bleus jouent lundi, est-ce que vous avez un message pour eux ?

LE PRESIDENT – Est-ce qu’il faut améliorer encore la procédure ? Un certain nombre de chefs d’Etat l’ont demandé. Non pas pour ne pas respecter les traités, mais sans doute pour bien faire comprendre aux partis qui désignent les candidats dans le cadre d’une procédure, avant les élections européennes, qu’il y a une conséquence dans les choix qu’il font. Celui qui arrive en tête, ou celle qui arrive en tête a quand même de fortes chances d’être le prochain Président de la Commission !

Il y a lieu sûrement d’en discuter en amont, entre chefs d’Etat et de Gouvernement. Les chefs de gouvernement sont souvent les chefs de partis. Ce n’est pas mon cas, mais beaucoup de chefs de gouvernement sont aussi chef de partis. Ils ne peuvent donc pas dire : on n’était pas au courant ! Forcément ils l’étaient, puisqu’ils ont participé au choix d’un chef de file.

Est-ce que Jean-Claude JUNCKER pensait être Président de la Commission européenne ? J’imagine parce que, sinon, il ne se serait pas porté candidat... Est-ce qu’il s’imaginait qu’il y aurait un troc ? Il ne savait pas exactement dans quel contexte cela allait se faire, mais dès lors qu’il y avait un écart, il était nécessairement le mieux placé pour être Président de la Commission européenne.

Est-ce que ce que j’ai fait aujourd’hui, c’est pour favoriser la situation politique en France ? Non, c’est pour faciliter la situation économique en France. L’enjeu, ce n’est pas de nous payer de mots, c’est de faire en sorte que ce que nous obtenons en Europe puisse être utile à l’économie française, aux entreprises françaises, aux consommateurs français et surtout aux demandeurs d’emplois français. Le reste de m’importe pas.

Je ne veux pas dire que je n’attache pas d’importance à un dialogue avec la majorité ou avec une partie de cette majorité qui est plus ardente que d’autres à obtenir des résultats... Mais faut-il encore que ces résultats soient conformes à la ligne politique que j’ai fixée. Si je ne suis pas sur cette ligne politique, comment je me fais entendre en Europe ? C’est parce que je mène des réformes structurelles avec le gouvernement de Manuel VALLS, parce que je fais en sorte que la compétitivité soit améliorée, parce que nous allégeons le coût du travail, parce que nous baissons les impôts, que nous pouvons nous faire entendre en Europe.

Enfin, sur l’équipe de France de football, je n’ai pas de commentaires à faire. Il y a un huitième de final, je lui souhaite tous les vœux de succès. Mais si c’est pour me dire : est-ce que je vais aller au Brésil lundi prochain ? La réponse est non. Merci à vous.

Conférence de presse du Président de la Républiqueà l’issue du Sommet du G7, le 27 juin 2014.

- Intervention du président Herman Van Rompuy à l’issue du Conseil européen

- Communiqué des chefs d’État et de gouvernement du G7.

- Ordre du jour du Conseil européen.

Conclusion du Conseil Européen (Bruxelles, 27 juin 2014)

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Dernière modification : 03/11/2015

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